Note (retour) — DEUXIÈME PARTIE
Reading edition
Les préparatifs de la nouvelle campagne remplirent probablement l'année 455 tout entière. Au printemps suivant, les Huns arrivèrent sur le Danube avec l'impétuosité et le fracas d'une tempête. Ils dirent au commandant des postes romains de ne pas s'inquiéter, attendu qu'ils n'en voulaient point à l'empire, «que leur seul but était de rattraper des esclaves fugitifs et des déserteurs de leur nation546.» Ils désignaient ainsi les Ostrogoths. Les postes romains, qui voulaient rester étrangers à ces querelles de barbares, ne firent point obstacle à leur passage. Les hordes ayant pris terre sur la rive droite, probablement vers le pont de Trajan, tournèrent à l'ouest, gagnèrent la Save, et fondirent sur les cantonnements de Valémir. L'attaque fut si brusque, que le roi ostrogoth n'eut pas le temps d'avertir ses frères, et dut soutenir le choc avec les seules forces de sa tribu: toutefois il s'en tira bien547. Après avoir traîné à sa suite la cavalerie des Huns et l'avoir fatiguée par des marches à travers les marais de la Save, il l'attaqua à son tour et lui fit essuyer une défaite complète. On put reconnaître alors combien l'infanterie des Goths, exercée à combattre de pied ferme et comparable aux vieilles légions romaines, dont elle semblait suivre instinctivement les pratiques, l'emportait sur cette cavalerie orientale sans organisation et sans discipline. Culbutées les unes sur les autres, les hordes se débandèrent et ne s'arrêtèrent dans leur fuite que lorsqu'elles eurent mis l'Hunnivar entre elles et leurs ennemis548. Valémir put envoyer alors à ses frères la double nouvelle de son péril et de sa délivrance. Les historiens racontent qu'au moment où le messager goth atteignit la demeure de Théodémir sur les bords du lac Pelsod, le pays était en joie, et que le palais, orné comme pour une fête, retentissait du bruit des instruments de musique. Un fils était né la nuit même à Théodémir de sa concubine chérie Erelieva549, et comme les deux frères s'aimaient tendrement, ils confondirent leur bonheur. L'enfant qui venait d'entrer dans la vie n'était autre que le grand Théodoric.