Note (retour) — DEUXIÈME PARTIE
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Suivant ceux-ci, Targite, dans un discours dont la feinte modération ne déguisait ni l'arrogance, ni les intentions ironiques, rappelait à l'empereur que, tenant la puissance impériale des mains de son père (c'est ainsi qu'il désignait Justinien), son premier devoir était de remplir les obligations de ce père vis-à-vis de fidèles alliés, et de faire mieux encore pour bien prouver sa reconnaissance889. Les Avars étaient les bons amis de son père; mais s'ils avaient reçu de lui beaucoup, ils lui avaient beaucoup donné. En premier lieu, ils n'avaient point pillé ses provinces, pouvant le faire impunément; en second lieu, ils avaient empêché les autres de les piller. Il existait des peuples dont l'habitude était autrefois de dévaster la Thrace chaque année et qui ne l'avaient plus fait. Pourquoi? Parce qu'ils savaient que les Avars, amis et alliés des Romains, n'étaient pas d'humeur à le souffrir890. «Nous venons ici, ajouta Targite, bien convaincus que tu seras avec nous comme était ton père, et mieux encore, afin que notre amitié pour toi soit aussi plus vive: mais sache bien ceci: c'est que notre chef ne sera ton ami qu'autant que tu lui feras des présents convenables, et qu'il dépend de toi, par la façon dont tu le traiteras, de dissiper toute pensée qui pourrait lui venir de prendre les armes contre toi891.» Ce discours assurément était d'une insolence extrême. Justin aurait pu y répondre sans phrases par les embarras qu'il aurait suscités au kba-kan, et qui eussent plus vivement piqué celui-ci que la déclamation la plus injurieuse: Justin préféra le procédé contraire. «Oui, répondit-il aux ambassadeurs, je ferai pour vous plus que n'a fait mon père, en rabattant votre outrecuidance et vous ramenant à de plus sages conseils; car apprenez de moi que celui qui arrête l'insensé courant à sa perte, et lui rend la raison, est plus son ami que celui qui se prête à ses caprices pour le perdre892. Allez-vous-en avec cet avis amical, qui vous fera vivre tranquilles et saufs dans vos campements, si vous le suivez, et au lieu de l'argent que vous espériez remporter d'ici, remportez-en une crainte salutaire. Nous n'avons point besoin de votre assistance, et vous ne recevrez rien de nous que ce que nous daignerons vous accorder comme prix de vos services ou récompense de votre sujétion à l'empire, dont vous êtes les esclaves893.» C'était la rupture de toutes relations avec les Avars. Justin était-il en mesure d'en garantir les suites? Il n'y avait pas même songé. Les ambassadeurs partirent exhalant leur colère par des menaces; mais leur maître, non moins irrité, ne fit point paraître la sienne: il ne déclara point l'alliance rompue, il ne dit mot; Baïan voulait conserver le droit d'invoquer dans l'occasion les traités conclus avec Justinien, les engagements solennels des Romains, et prolonger la guerre sourde qu'il faisait à l'empire sous le manteau de l'amitié.