Note (retour) — DEUXIÈME PARTIE
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L'isthme étroit qui sépare la presqu'île de Thrace du continent était anciennement intercepté par un mur bas, aisément franchissable au moyen d'échelles, et qui ressemblait assez, dit Procope, à une clôture de jardin846. Justinien avait remplacé cet ouvrage inutile et ridicule par un rempart formidable. Le nouveau mur, muni d'un fossé à berges escarpées, se composait de deux galeries crénelées placées l'une sur l'autre, dont la première était voûtée et à l'épreuve des plus lourds projectiles, de sorte qu'il opposait à l'ennemi sur tout son front une double rangée de soldats et de machines de guerre. Deux môles puissamment fortifiés, auxquels la mer servait de ceinture, le protégeaient à ses extrémités847. Les Coutrigours trouvèrent derrière ce rempart une petite armée bien disciplinée et un jeune général plein de génie, Germain, fils de Dorothæus, l'élève et l'enfant adoptif de Justinien848. Tous les efforts des barbares pour enlever l'obstacle de vive force restèrent sans succès; plusieurs fois ils battirent en brèche les galeries, plusieurs fois ils en tentèrent l'escalade et furent toujours repoussés avec de grandes pertes. Les surprises ne leur réussirent pas mieux que les assauts, tant l'active sollicitude du général allait de pair avec la constance du soldat. Il y avait de quoi désespérer; mais le courage revenait aux Huns lorsqu'ils songeaient à ces villes opulentes enrichies par le commerce du monde, Aphrodisias, Cibéris, Callipolis, Sestos849, dont il leur faudrait abandonner la dépouille, et ils résolurent de tout essayer plutôt que de renoncer à une pareille bonne fortune.