← Table of contents
Histoire d'Attila et de ses successeurs (1/2)

Note (retour) — DEUXIÈME PARTIE

Reading edition

Durant les tristes années qui fermèrent le Ve siècle et ouvrirent le VIe, les provinces voisines du Danube purent étudier à leurs dépens toutes les variétés de la férocité humaine, car les races barbares qui les dévastaient avaient chacune leur façon particulière de torturer et de détruire. On connaissait les procédés du Hun d'Europe, issu des bandes d'Attila, et, comme je l'ai dit, celui-là était presque civilisé à côté de ses compagnons; mais le Slave et le Bulgare joignaient à des cruautés inconnues le supplice de l'épouvante. Le Slave, ennemi invisible et toujours présent, tapi derrière toutes les broussailles, caché jusque dans les rivières, attendait la nuit pour faire ses surprises; il fondait alors, sur une ville657, sur un village, sur une troupe en marche, et là où il avait passé, il ne restait plus âme vivante. Pendant longtemps il ne sut pas faire de prisonniers. Il dut apprendre par l'expérience qu'il y avait souvent profit à épargner un être humain qui pouvait être racheté, et qu'une mère, un enfant de famille riche ou le magistrat d'une ville avaient leur valeur en argent. Alors, au lieu de tuer tout, il emmenait tout en captivité, et les malheureux provinciaux mouraient de fatigue et de misère sur les routes658. Les Antes commettaient ces horreurs dans lesquelles ils furent encore dépassés par les Slovènes quand ceux-ci se joignirent à leurs expéditions. C'est aux Slovènes que les contemporains attribuent le supplice du pal, invention tristement célèbre, qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours dans les contrées du Danube. La civilisation romaine frémit à la vue de ces longues files de pieux garnis de corps agonisants qui restaient étalés sur les chemins comme des trophées de la barbarie659. Quelquefois ils attachaient leurs prisonniers par les membres à quatre poteaux, la tête pendante en arrière, et ils leur brisaient le crâne à coups de bâton, comme on fait aux chiens et aux serpents, dit l'écrivain grec660. Ceux des habitants que les Slaves ne pouvaient pas emmener étaient enfermés avec des bœufs et des chevaux dans des étables garnies de paille où on mettait le feu, puis les barbares partaient au bruit des clameurs humaines où se mêlaient le mugissement du bétail et les éclats de l'incendie661. C'était là un de leurs passe-temps. Avec les Bulgares, autres souffrances, autres terreurs. Rien n'échappait à ces rapides escadrons, plus légers et plus destructeurs que les sauterelles de leurs steppes. Sur leur passage, les moissons étaient brûlées, les vergers détruits, les maisons rasées, et dans les ruines mêmes il ne restait pas pierre sur pierre. Longtemps après, quand l'herbe et les broussailles avaient recouvert de grands espaces, jadis cultivés et habités, le Mésien disait en soupirant: «Voilà la forêt des Bulgares662»! Ce sauvage, muni du filet de guerre qu'il balançait dans sa main gauche, le jetait en passant avec une prestesse et une sûreté merveilleuses, et quand il avait emmaillotté sa victime, lançant son cheval au galop, il traînait le filet contre terre au moyen d'une courroie attachée à l'arçon de sa selle, jusqu'à ce que le malheureux prisonnier s'en allât par morceaux663.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings