Note (retour) — DEUXIÈME PARTIE
Reading edition
Parmi les officiers supérieurs de l'armée romaine se trouvait un barbare, Hun de naissance, mais sincèrement attaché au drapeau sous lequel il avait gagné ses grades et sa fortune: il se nommait Khelkhal582. On le désigna comme un des agents chargés d'aller dans le camp de Denghizikh présider à la distribution des vivres. Quoique Hun, Khelkhal entendait et parlait couramment la langue gothique. A son arrivée dans le camp, il trouva moyen de se faire attacher à une division de l'armée barbare qui renfermait un grand nombre de Goths et très-peu de Huns. Son premier soin fut de réunir en cercle autour de lui les divers chefs de ce corps583, et il leur adressa ce discours qu'il avait médité d'avance: «Je puis en toute sûreté vous garantir que l'empereur vous accordera des terres suivant votre désir; mais je me demande quel profit vous en retirerez: aucun, sans contredit, car tout l'avantage en reviendra aux Huns. Les Huns, vous le savez, méprisent le travail, surtout celui des champs; c'est donc vous qui labourerez, qui récolterez pour eux, qui les ferez vivre; vous serez leurs serfs, et en retour ils vous pilleront. Vous aurez réalisé l'association du loup et de l'agneau584. Il y eut un temps où vos ancêtres, repoussant tout contact, toute alliance avec ce peuple, lièrent par un serment redoutable leur postérité à cette résolution et ordonnèrent à leurs enfants de fuir à jamais la société des Huns, et voici que vous, non-seulement vous vous exposez de gaieté de cœur à vous faire opprimer et piller par eux, mais, ce qui est bien pis, vous abjurez les engagements sacrés de vos pères585. Je suis né parmi les Huns et je m'en fais gloire, mais la justice est plus respectable à mes yeux que les liens du sang; c'est elle qui m'oblige à vous tenir ce langage. Réfléchissez586.»