Note 186 — FILLES DE JOIE
Reading edition
Note 186: (retour) Nous n'avons pas trouvé d'exemplaire imprimé à part de cette pièce; mais nous avons vu une pièce du même genre, imprimée à Paris le 17 juillet 1657, pour Alex. Lesselin, qui avoit obtenu la permission «d'imprimer, vendre et debiter par tous les lieux de ce royaume, des epistres en vers composées par tel autheur capable qu'il voudra choisir, sur toutes sortes de sujets nouveaux et matières divertissantes, tant en feuilles volantes que recueils, sous le titre de: Muse de la cour.» Celle-ci, imprimée in-4, sur une, puis sur deux colonnes, a pour titre: L'adieu des filles de joye de la ville de Paris. Elle occupe six pages pleines, dont la dernière est signée C. L. P. La page 7 est occupée par un sonnet intitulé: «Consolation aux dônes et donzelles sur leur depart pour l'Amerique», et signé M. T.--La page 8 porte cet avis au lecteur: «Je pretens vous faire part au premier jour (si vous voyez de bon œil ce petit effort de ma muse) de tout ce qui s'est fait et passé à la prise et magnifique conduite de ces belles et joyeuses dames, leur embarquement, les receptions qui leur seront faites aux villes, bourgs et villages de leur route, les deputez qui leur feront harangues et complimens à leurs entrées, les feux de joye, bals et comedies, et autres passe-temps pour les divertir.»
Voici quelques traits qui se rapportent assez à la pièce que nous publions:
Leur affliction est publique Comme leur chaude amour la fut, Et toutes, lisant le statut, Pestent contre la politique. Les demoiselles du Marais, Les courtisanes du Palais, Les infantes du Roy de cuivre, Celles de la butte Saint-Roch, Dans ce grand chemin se font suivre Des pauvres coquettes sans coq. Catin, Suzon, Marotte, Lise, Dans l'oisiveté de leurs traits, Pleurent maint page, maint laquais, Dont ils perdent la chalandise... Le commun escueil d'amitié Les change de filles de joye En pauvres filles de pitié. La bourgeoise avec la marchante, La demoiselle au cul crotté, Suivent cette fatalité, Croissent cette nombreuse bande. La noblesse s'y trouve aussi, Les nymphes à l'amour chancy, Enfin toutes les bonnes dames Qui se gouvernent un peu mal, Ayant brûlé des mêmes flammes, Ont toutes un destin égal... Une des femmes fait ses adieux au nom de la troupe, et dit: Vous, braves traisneurs d'espées, Desolés batteurs de pavé, Bretteurs qui d'un pauvre observé Fistes tant de franches lippées, Combien de savoureux morceaux Qui vous passoient par les museaux Vous sont flambez par cette chance! Et si vous estiez nostre appuy, Vous voyez, dans la décadence, Que nous estions le vostre aussy... À tant se tut la grande Jeanne, S'en allant droit à Scipion, D'une grande devotion, Avecque sa troupe profane. Moy qui voyois leur entretien, Et qui remarquois leur maintien, J'en fis confidence à la Muse: La Muse, avec sincérité, Sans s'amuser à faire excuse, Le laisse à la postérité. (Bibl maz., Recueil intitulé: Poésies diverses, coté a B 18.--T. 1, in-4.)