Note (retour) — ACTE PREMIER
François Guizot translation
FALSTAFF.--Enfin les gens de toute espèce se font une gloire de tirer sur moi. La cervelle de cette argile si ridiculement pétrie, qu'on appelle homme, n'est pas capable de rien inventer de plus plaisant et de plus risible, que ce que j'invente moi-même, ou ce qui s'invente sur mon compte. Non-seulement je suis facétieux, moi, mais c'est encore moi qui suis la cause de tout l'esprit que peuvent avoir les autres. Je ressemble, en marchant devant toi, à une laie qui a étouffé toute sa portée hors un seul petit. Si le prince, en te mettant à mon service, a eu quelque autre intention que celle de me faire ressortir, je veux bien n'avoir pas le sens commun. Petit-maître de mandragore 2 que tu es, tu serais plus propre à figurer sur mon chapeau qu'à courir sur mes talons. Ma foi, je n'avais pas encore fait usage d'une agate 3; je ne te ferai monter pourtant ni en or, ni en argent, mais je t'empaqueterai dans de mauvais haillons pour te renvoyer à ton maître, en manière de bijou; oui, à ce jouvenceau, le prince ton maître, dont le menton n'est pas encore emplumé: j'aurai de la barbe dans la paume de ma main avant qu'il en ait sur les joues. Cependant il ne fera pas difficulté de vous dire que sa face est une face royale. Je ne sais quand il plaira au bon Dieu d'y donner le dernier coup. Elle n'a pas encore perdu un poil 4, et il est bien sûr de la garder toujours face royale, car jamais un barbier n'en tirera six pence 5; et cependant il veut faire le coq, comme s'il avait brevet d'homme dès le temps où son père était garçon. Ma foi, qu'il conserve tant qu'il voudra sa grâce, je puis bien l'assurer qu'il n'est plus dans la mienne.--Eh bien! que dit Dumbleton au sujet du satin que je lui ai demandé pour me faire un manteau court et des chausses à la matelote?