Note 108 — DEUXIÈME PARTIE Les peuples (continued 2)
Reading edition
On retrouve chez les auteurs grecs et latins des noms de tribus berbères qui subsistent encore de nos jours : c’est ainsi qu’on a pu identifier les Libyens proprement dits (Loubim de la Bible, Lebataï de Procope) avec les Lewwata ou Louata, les Gétules avec les Goddala ou Djedala ou avec les Guezoula, les Serangaï de Ptolémée (placés par lui dans le Sous) avec les Zenaga, les Maxyes d’Hérodote (Mazikes, Masices, Mazices et Mazax de Lucrèce, Suétone, Ptolémée, Ammien Marcellin, Corippus et Cassien) avec les Imazirhen ou Imocharhen, c’est-à-dire avec les Berbères de souche noble. — Voici maintenant un résumé des principales théories arabes concernant l’origine des Berbères. Yakout (XIIe-XIIIe siècles) nous dit que Berber est le nom de nombreuses tribus habitant les montagnes du Maghreb depuis Barka jusqu’à l’Atlantique et s’étendant au Sud jusqu’au pays des Noirs ; il ajoute que les Berbères font en général remonter leur origine à Sem et prétendent que leurs ancêtres auraient émigré d’Arabie en Afrique ; leur langue primitive — qui aurait été une langue sémitique — se serait corrompue au contact de la langue des autochtones du Maghreb — (qui étaient ces autochtones ? Yakout ne nous le dit pas) — et serait devenue le berbère. Certains, précise Yakout, disent que le roi himyarite Ifrîkos, étant venu du Yémen faire une expédition en Ifrîkia (Tunisie), aurait fondé là un établissement de Yéménites dont les descendants seraient les Berbères. Dans sa nomenclature des principales tribus berbères, Yakout en cite plusieurs dont les noms sont portés encore par des sous-tribus maures du Hodh et de l’Azaouad (par exemple les Louata, qu’on rencontre chez les Idao-Aïch, et les Sakhoura, sans doute les mêmes que les Zakhoura vassaux des Kounta). D’après Ibn-Khaldoun (XIVe siècle), qui paraît mieux informé que Yakout et qui surtout est doué d’un véritable esprit critique manquant au précédent, les Berbères descendraient de Ham ou Cham par Chanaan, Mazigh (d’où le nom d’Imazirhen porté de nos jours encore par les familles nobles) et un nommé Berr, dont l’un des fils, Madghis, serait l’ancêtre des Zenata et de leurs cousins les Louata, les Zouaoua, les Maghraoua, etc., et dont l’autre fils, Bernès, serait l’ancêtre des Zenaga (enfants de Zenag, fils de Bernès, comprenant les Messoufa, les Goddala, les Lemtouna, les Maddassa, les Ouareth, etc.) et de leurs cousins les Lemta, les Hoouara, les Guezoula, les Masmouda, les Ketama, les Mesrata, etc. Il ajoute d’ailleurs que beaucoup, principalement parmi les Berbères eux-mêmes, attribuent à cette nation une origine sémitique, dans le but évident de la rattacher à la même souche que les Arabes : c’est ainsi que les uns les font descendre d’un fils d’Abraham nommé Yaksân, d’autres des Amalécites issus d’Esaü, d’autres des Syriens et Yéménites venus en Afrique avec Ifrîkos, d’autres des Egyptiens, etc. Après avoir dit que l’opinion la plus répandue en fait des Hamites ayant vécu longtemps au contact des Sémites (des Israélites surtout), puis ayant été chassés d’Asie par les Juifs et ayant passé en Egypte et de là en Ifrîkia et au Maghreb, à une époque fort reculée et certainement bien avant Ifrîkos, Ibn-Khaldoun conclut fort sagement : « Une nation comme celle des Berbères, formée d’une foule de peuples et remplissant une partie considérable de la terre, n’a pas pu y être transportée d’un autre endroit et surtout d’une région très bornée. Depuis une longue suite de siècles avant l’islamisme, les Berbères ont été connus comme habitants du pays et des régions qui leur appartiennent de nos jours. » (Histoire des Berbères, traduction de Slane, 1er vol., page 183). Procope (VIe siècle) avait soutenu déjà la théorie faisant remonter les Berbères aux Hamites issus de Chanaan qui furent chassés de Palestine par les Hébreux, lorsque ces derniers s’y installèrent en revenant d’Egypte.