Note (retour) — ACTE TROISIÈME
François Guizot translation · Edition 5
HAMLET.—Ne soyez pas non plus trop apprivoisé, mais que votre propre discernement soit votre guide; réglez l'action sur les paroles, et les paroles sur l'action, avec une attention particulière à n'outre-passer jamais la convenance de la nature; car toute chose ainsi outrée s'écarte de la donnée même du théâtre, dont le but, dès le premier jour comme aujourd'hui, a été et est encore de présenter, pour ainsi parler, un miroir à la nature; de montrer à la vertu ses propres traits, à l'infamie sa propre image, à chaque âge et à chaque incarnation du temps sa forme et son empreinte.15 Tout cela donc, si vous outrez ou si vous restez en deçà, quoique cela puisse faire rire l'ignorant, ne peut que faire peine à l'homme judicieux, dont la censure, fût-il seul, doit, dans votre opinion, avoir plus de poids qu'une pleine salle d'autres spectateurs. Oh! il y a des comédiens que j'ai vus jouer,—et je les ai entendu vanter par d'autres personnes, et vanter grandement, pour ne pas dire grossement, qui, n'ayant ni voix de chrétiens, ni démarche de chrétiens, ni de païens, ni d'hommes se carraient et beuglaient au point de m'avoir donné à penser que quelques-uns des manouvriers de la nature avaient fait des hommes et ne les avaient pas bien faits, tant ces gens-là imitaient abominablement l'humanité!