Note 41 — ACTE QUATRIÈME
François Guizot translation · Edition 5
Note 41: (retour) La rue était un emblème de douleur, à cause de la ressemblance qui existe, en anglais, entre le mot rue et le mot ruth, chagrin. Shakspeare, dans Richard II (acte III, sc. IV), a refait le même jeu de mots; un jardinier y dit, en parlant de la reine détrônée: «Ici elle a laissé couler une larme; ici, à cet endroit même, je mettrai une plate-bande de rue; et la rue, à la place du chagrin, se montrera bientôt en souvenir d'une reine qui pleura.» La rue était aussi nommée herbe de grâce, parce qu'on lui attribuait la puissance d'inspirer la contrition et de corriger les vices, et comme telle elle était employée dans les exorcismes. Dans une vieille ballade anglaise qui a pour titre: Les Conseils du docteur Bien-Faire, la recette pour l'usage de la rue est ainsi donnée: «Si quelqu'un a des doigts trop lestes, qu'il n'a pas pu conjurer, des doigts qui veulent fouiller dans la poche des gens ou faire tout autre mal de ce genre, il faut qu'il se fasse saigner, qu'il porte son bras en écharpe, et qu'il boive une infusion d'herbe de grâce dans un mélange tiède de lait et de vin.» Ophélia garde de la rue pour elle-même, en symbole de sa tristesse filiale; elle veut que la reine en porte aussi en symbole de sa tristesse maternelle; mais chaque fois que reviendra le dimanche, le jour consacré à Dieu, Ophélia veut que la rue reprenne son sens encore plus mystique, pour que la reine se repente et se délivre de l'amour criminel auquel elle a vendu son âme. Voilà pourquoi Ophélia marque une différence. Une différence, en langage héraldique, était le signe qui faisait distinguer entre un aîné et un cadet les armoiries de la famille; ainsi le plus jeune des Spencer portait, comme différence, une bordure de gueules autour de son écusson (Holinshed, Règne du roi Richard II, p. 443). D'après ce blason des fleurs auquel Ophélia emprunte ses images, la rue, aux mains de la pauvre folle innocente, ne parlera que de regrets, et se compliquant de son autre nom, aux mains de la reine coupable, parlera à la fois de regrets et de remords.