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Hamlet

Note 32 — ACTE QUATRIÈME

François Guizot translation · Edition 5

Note 32: (retour) Remarquez-vous comme les paroles de Hamlet deviennent tantôt plus hardies, tant plus obscures, à mesure que l'action avance? De plus en plus obsédé par la certitude croissante du crime qu'il doit punir, par les émotions qui se multiplient, par les pièges qui s'ouvrent sous ses pas, par la haine qu'il voit s'amonceler sur lui, par l'idée de la vengeance dont il est, de minute en minute, plus altéré et plus effrayé tout ensemble, parce que chaque minute l'a retardée et la rapproche, il parle comme il sent, et les saccades de son langage reproduisent le tumulte de son âme. La plupart de ses répliques aux courtisans ont un sens confus et une portée manifeste: on voit plus d'ombre envahir son esprit et plus d'amertume jaillir de son coeur. Il faut renoncer à expliquer des phrases comme: «Le corps est avec le roi, mais le roi n'est pas avec le corps.» Veut-il dire que le cadavre est dans le palais, comme le roi, maïs que le roi a encore à mourir, comme Polonius, et à rejoindre de plus près le cadavre? Ou bien parle-t-il tour à tour des deux rois, du faux roi vivant, son oncle, et du vrai roi mort, son père? Mais à, quoi bon expliquer? Il ne veut pas être compris et ne peut pas se retenir d'être menaçant. Il appelle le roi une chose, les courtisans l'interrompent à ce mot méprisant, et il coupe court aux périls de l'entretien, mais par une pire insolence: «Le roi est une chose de rien,» expression toute faite et courante chez tous les poëtes du même temps et qui leur venait, comme tant d'autres, de la Bible, du quatrième verset du psaume CXLIV, où il est dit, selon la traduction anglaise: «L'homme est comme une chose de rien.» Quant aux derniers mots de Hamlet, c'est le refrain du jeu des enfants anglais qui correspond à notre cache-cache. Les sources de la langue de Shakspeare sont aussi diverses que les courants des pensées de Hamlet.

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