Note (retour) — ÉTUDES LITTÉRAIRES
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J'attribue la diminution de l'idée de patrie, comme tout le monde, je crois, à l'absence presque absolue de vie politique en France depuis Louis XIV jusqu'à la Révolution. Deux états sociaux ruinent l'idée ou plutôt le sentiment de la patrie: la vie politique trop violente, et la vie politique nulle. Autant, dans la fureur des partis excités créant une instabilité extrême dans la vie nationale et comme un étourdissement dans les esprits, il se produit vite ce qu'on a spirituellement appelé une «émigration à l'intérieur», c'est-à-dire le ferme dessein chez beaucoup d'hommes de réflexion et d'étude de ne plus s'occuper du pays où ils sont nés, et en réalité de n'en plus être;—autant, et pour les mêmes causes, dans un état social où le citoyen ne participe en aucune façon à la chose publique, et au lieu d'être un citoyen, n'est, à vrai dire, qu'un tributaire, l'idée de patrie s'efface, quitte à ne se réveiller, plus tard, que sous la rude secousse de l'invasion. C'est ce qui est arrivé en France au XVIIIe siècle. Fénelon le prévoyait très bien, au seuil même du siècle, quand il voulait faire revivre l'antique constitution française, et, par les conseils de district, les conseils de province, les Etats généraux, ramener peuple, noblesse et clergé, moins encore à participer à la chose nationale qu'à s'y intéresser1. Et on se rappellera qu'à l'autre extrémité de la période que nous considérons, la Révolution française a été tout d'abord cosmopolite, et non française, a songé «à l'homme» plus qu'à la patrie, et n'est devenue «patriote» que quand le territoire a été Envahi.