Note (retour) — DIX-HUITIÈME SIÈCLE
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En politique Bayle ne se paie pas plus qu'en autre affaire de nouveautés ambitieuses et de théories systématiques. Il semble même persuadé qu'il ne faut écrire nullement sur la politique, tant les passions des hommes rendront vite défectueuses et funestes dans la pratique les plus subtiles et les plus parfaites des combinaisons sociologiques 5. Il est à l'opposé même des écoles qui croient qu'un grand peuple peut sortir d'une grande idée, et, là comme ailleurs, rien ne lui paraît plus faux que la prétendue souveraineté de la raison. Il est très franchement monarchiste, conservateur et antidémocrate. Sans étudier à fond la question, car la politique est au nombre des choses qui ne l'intéressent point, quand il rencontre la théorie de la souveraineté du peuple, il lui fait la suprême injure: il ne la tient pas pour une théorie. Il la prend pour un appareil oratoire à l'usage de ceux qui veulent assassiner les souverains, et complaisamment nous la montre reparaissant dans les ouvrages des tyrannicides appartenant aux écoles les plus diverses.—Seulement son impartialité ordinaire est ici un peu en défaut. M. de Bonald, non sans bonnes raisons, attribuait le dogme de la souveraineté du peuple aux écoles protestantes, et c'est surtout aux jésuites que Bayle l'impute de préférence. Il n'ignore pas, et connaît trop bien pour cela la Justification du meurtre du duc de Bourgogne par Jean Petit en 1407, que la théorie est antérieure aux jésuites aussi bien qu'aux luthériens, et il déclare même que «l'opinion que l'autorité des rois est inférieure à celle du peuple et qu'ils peuvent être punis en certains cas, a été enseignée et mise en pratique dans tous 1es pays du monde, dans tous les siècles et dans toutes les communions 6»; mais il assure que si ce ne sont pas les jésuites qui ont inventé ces deux sentiments, ce sont eux qui en ont tiré les conséquences les plus extrêmes; et il s'étend longuement sur l'apologie du crime de Jacques Clément et sur le De Rege et regis institutione de Mariana7.—Evidemment, chose bien rare dans Bayle, notre auteur, ici, s'intéresse personnellement dans l'affaire. C'est un homme tranquille et timide qui a besoin d'une autorité indiscutée et inébranlable pour protéger la paix de son cabinet de travail, qui en affaires philosophiques se contente de mépriser la foule illettrée, brutale et incapable de raisonner juste, même sur ses intérêts; mais qui en choses politiques en a peur, n'aime point qu'on lui fournisse des théories à exciter ses passions, à décorer d'un beau nom ses violences et à excuser d'un beau prétexte ses fureurs; et qui, sur ces matières, est tout franchement de l'avis de Hobbes.