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Études Littéraires; dix-huitième siècle

Note (retour) — DIX-HUITIÈME SIÈCLE

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Ainsi allait, désormais prudent, modéré et délicieusement perfide, l'ancien auteur de l'île de Bornéo, satire par allégorie du catholicisme, dont Bayle avait fait un ornement de son journal15., mais qui avait eu un succès un peu trop bruyant pour les oreilles sensibles de Fontenelle.—Aussi bien la science commençait à l'attirer pour elle-même, et sans cesser d'y voir une arme excellente contre le christianisme et l'antiquité, instrument à les détruire et prétexte à les mépriser, il s'y donnait déjà d'une ardeur vraie, certainement sincère et presque désintéressée. Fontenelle a commencé par des opéras comiques et continué par des pamphlets. La Pluralité des Mondes est un ouvrage de savant, où il n'y a plus que des traces de pamphlet et des souvenirs d'opéra comique. On y sent encore une légère démangeaison d'embarrasser les théologiens, et une certaine vanité à se montrer recherché des belles. Il insiste complaisamment sur les «hommes dans la lune», ce dont peuvent s'alarmer les catholiques, et il nous fait de tout son coeur les honneurs de la marquise qui est censée l'écouter. Pour les habitants de la lune, il n'y a rien à dire: il se défend trop bien d'en faire une armée à attaquer la foi. «Il serait embarrassant en théologie qu'il y eût des hommes qui ne descendissent point d'Adam...; mais je ne mets dans la Lune que des habitants qui ne sont point des hommes... Je n'attends donc plus cette objection que des gens qui parleront de ces Entretiens sans les avoir lus. Est-ce un sujet de me rassurer? C'en est un au contraire de craindre que l'objection ne me vienne de bien des endroits16..»—Pour sa marquise, il faut confesser qu'elle est bien incommode. Elle a de l'esprit sans doute: «... Vous voyez, Madame, que la Géométrie est fille de l'intérêt, la Poésie de l'amour, et l'Astronomie de l'oisiveté.—En ce cas, je vois bien qu'il faut que je m'en tienne à l'astronomie.» Mais le rôle que lui a ménagé Fontenelle est bien désobligeant. Sous prétexte de donner une suite naturelle aux raisonnements, elle ne sert qu'à les interrompre à tout moment, et à les faire languir. Elle comprend ou ne comprend pas, trop visiblement, selon qu'il y a longtemps ou peu de temps qu'elle n'a parlé, et selon que Fontenelle sent ou ne sent point le besoin de nous rappeler sa présence. J'aimerais mieux les naïfs [Grec: panu ge ] ou [Grec: pos dhou] des interlocuteurs de Socrate, qui au moins ne sont que des signes de ponctuation.—Et puis ce procédé du dialogue, quand l'écrivain y est si scrupuleusement fidèle, est impatientant. Je souhaiterais que l'auteur s'adressât enfin à moi-même; je suis fatigué de l'écouter ainsi comme de profil; je me sens en tiers dans une conversation, et je crains d'être gênant. Le plus simple, le plus naturel et le plus poli dans un livre destiné au public, est encore de lui parler.

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