Note (retour) — DIX-HUITIÈME SIÈCLE (continued 8)
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Pourquoi? Il faut bien le savoir, et bien s'expliquer, dirai-je le point faible, du moins le point très susceptible et très sensible de Mirabeau. Mirabeau a horreur du despotisme; mais il a surtout horreur de l'aristocratie, et tout ce qui ressemble à l'aristocratie lui fait peur. Il a lu Rousseau, et surtout il a été à Vincennes sur lettre de cachet obtenue par son père, et, encore, il a été exclu de l'assemblée de la noblesse de Provence par les hommes de sa caste; et il est l'ennemi irréconciliable de toute aristocratie, de toute oligarchie, comme il aime à dire. Très fier personnellement de ses quatre cents ans de noblesse prouvée, et ne détestant pas dire: «L'amiral de Coligny, qui par parenthèse était mon cousin...», il a une défiance excessive à l'endroit de tout gouvernement si peu que ce soit aristocratique. Il ne peut aimer ni les Parlements, ni le clergé indépendant, ni les Chambres hautes; tout cela a une odeur très suspecte d'aristocratie.—Remarquez bien que s'il craint tant l'Assemblée unique souveraine, c'est comme libéral, soit, mais c'est aussi comme antiaristocrate, et c'est plus encore comme antiaristocrate que comme libéral. Revenons sur ses paroles: «... La nation doit être jalouse de modérer, d'assujettir à des formes sévères le Corps législatif, et de prémunir sa propre liberté contre les atteintes et la dégénération d'un tel pouvoir: car, il ne faut pas l'oublier, l'Assemblée nationale n'est pas la nation, et toute assemblée particulière porte avec elle des germes d'aristocratie»103.—L'Assemblée gouvernant c'est pour lui, et non sans raison, un Sénat de Venise ou de Rome, et voilà pourquoi il veut qu'à côté d'elle et au-dessus, le roi gouverne aussi, ou plutôt qu'elle légifère, et qu'il gouverne.