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Études Littéraires; dix-huitième siècle

Note (retour) — DIX-HUITIÈME SIÈCLE (continued 7)

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L'animal sent, pense et veut; il vit d'ensemble, il est un ensemble; il a une unité; il est un individu. Mais chez lui sensation, pensée, volonté, ont, comparées aux nôtres, un caractère particulier; ce sont sensation, pensée, volonté, pour ainsi parler, demi matérielles. L'animal sent, pense et veut, sans réflexion, du moins sans suite de réflexions, sans généralisation, et par conséquent sans pouvoir ni faire de toutes ces sensations un sentiment, ni faire de toutes ses pensées une idée, ni faire de toutes ses volitions un plan de conduite.—On est amené ainsi à croire qu'il a un cerveau plus matériel, si s'on peut parler ainsi, que le cerveau humain, et que son sens intérieur est simplement un sens, un sens plus raffiné et plus délicat qur les autres, mais un sens, seulement capable d'accumuler les sensations et d'en conserver très longtemps les ébranlements. On sait que la rétine conserve, longtemps après que cette lumière a disparu, l'impression très nette d'une lumière vive. Le sens intérieur de l'animal semble être quelque chose d'analogue. Il conserve des ébranlements dont la cause a disparu, et sous l'influence de ces ébranlements, réveillés par telle circonstance, il agit sans «volonté» proprement dite, d'un mouvement presque automatique, sorte de contraction inconsciente97. Le chien dressé à ne prendre le mets convoité que sur un signe, et qui résiste à l'envie de le prendre tant que le signe ne s'est pas produit, est sans doute un être qui pense et qui veut. Mais il pense et veut confusément. C'est un chien gourmand et un chien battu. Les ébranlements produits en lui par la sensation d'agréable goût durent encore; les ébranlements produits par la sensation du fouet durent encore; les uns contrebalancent les autres, jusqu'à ce que le signe éveillant une troisième série d'ébranlements, conforme à la première, la balance penche. Ce chien qui veut ne pas prendre le mets qu'il désire, veut donc en effet, mais comme le dormeur qu'on pince retire le membre douloureusement affecté, et le cache, sans se réveiller. Le dormeur veut d'une façon générale ne pas être blessé, mais il ne le veut pas d'une façon précise, puisqu'il ne sait pas qu'il le veut. De pareilles volitions sont des volitions, mais qui ne sauraient être coordonnées, former système, devenir plan de conduite et grand dessein. C'est en deçà de cette coordination des sensations, des pensées et des vouloirs qu'est la limite des animaux.

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