Note (retour) — DIX-HUITIÈME SIÈCLE (continued 4)
Reading edition
On ne le voit pas si déplaisant que cela, à le lire de temps en temps. Non certes, d'abord parce qu'il est plaisant, et spirituel et causeur aimable, ce qui sauve tout, surtout en France; ensuite parce qu'il a beaucoup de bon sens, et que ses idées de détail sont très justes, très vraies, très pratiques, et excellentes à suivre. Le Voltaire négatif, le Voltaire prohibitif, le Voltaire qui dit: «Ne faites donc pas cela», est admirable. S'il s'était borné à répéter: «Ne brûlez pas les sorciers; ne pendez pas les protestants; n'enterrez pas les morts dans les églises; ne rouez pas les blasphémateurs; ne questionnez pas par la torture; n'ayez pas de douanes intérieures; n'ayez pas vingt législations dans un seul royaume; ne donnez pas les charges de magistrature à la seule fortune sans mérite; n'ayez pas une instruction criminelle secrète, à chausse-trapes et à parti pris69; ne pratiquez pas la confiscation qui ruine les enfants pour les crimes des pères; ne prodiguez pas la peine de mort (il a même plaidé une ou deux fois pour l'abolition); ne tuez pas un déserteur en temps de paix, une fille séduite qui a laissé mourir son enfant, une servante qui vole douze serviettes; soyez très propres; faites des bains pour le peuple; n'ayez pas la petite vérole; inoculez-vous»; —s'il s'était borné à répéter cela toute sa vie avec sa verve et son esprit et son feu d'artifice perpétuel, et à faire une centaine de jolis contes, je l'aimerais mieux. Mais le fond des idées est bien pauvre et le fond du coeur est bien froid. Ce qu'il paraît concevoir comme idéal de civilisation est peu engageant. Le monde, s'il avait été créé par Voltaire, serait glacé et triste. Il lui manquerait une âme. C'est bien un peu ce qui manquait à notre homme.