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Essai sur l'Histoire Religieuse des Nations Slaves

Note 5 — PRÉFACE.

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Il est tout-à-fait superflu de démontrer l'immense accroissement de puissance que la Russie a acquis par son intervention en Hongrie, et l'influence qu'elle a solidement établie sur les Slaves du Sud, qui parlent des dialectes très ressemblants au russe et qui professent la Religion grecque. Aucun homme, quelque peu versé dans la connaissance des affaires de l'Europe, ne pourra admettre un instant que l'échec que la Grande-Bretagne et la France ont fait subir à la Russie au sujet de ses tentatives d'intimidation contre la Turquie, lui aurait fait abandonner ses projets d'agrandissement politique devenus un instinct, non-seulement du cabinet, mais du peuple russe. La Russie redoublera d'efforts pour asseoir encore plus solidement son influence sur les Slaves de la Turquie, et pour lui infliger ainsi un coup plus sensible qu'elle ne le ferait par une campagne heureuse. Lorsque la Russie parviendra à une domination directe ou indirecte sur les Slaves méridionaux, elle débordera complètement les Slaves occidentaux, les forcera à rentrer dans son système politique, et fera dépendre leur destinée de celle de son empire. Le sort de la Hongrie n'est certainement pas moins fâcheux, parce qu'il a pu être prédit d'avance. Il en sera de même des Slaves occidentaux et méridionaux; une connaissance exacte de la question suffit pour faire cette prédiction, bien que le rôle de Cassandre ne soit nullement agréable dans les affaires publiques ou particulières. Le danger est imminent et grave, mais il n'est pas trop tard encore pour le conjurer. La voix calme que pourrait élever l'Angleterre pour adoucir l'animosité qui règne entre les Slaves et les Allemands, serait d'un grand poids pour éviter une guerre de races dont les horreurs sont faciles à prévoir, lorsqu'on se rappelle les conflits sanglants qui ont éclaté entre les Madgyars, les Slaves, les Valaques et les Allemands pendant les troubles de la Hongrie. On peut prévenir ces calamités en développant parmi les Slaves qui ne sont pas encore tombés sous la domination de la Russie, une nationalité basée sur les principes d'une sage liberté. C'est là une mesure pratique, et, si elle est habilement mise à exécution, elle pourra contre-balancer l'influence que la Russie exerce sur ces mêmes Slaves et qu'elle appuie de son immense force matérielle. Bien plus, elle pourra réagir sur la population de la Russie elle-même, et obliger cette puissance à adopter une ligne de politique plus libérale. La mesure dont il s'agit est d'une exécution facile, car les Slaves préféreront une existence nationale libre aux projets ambitieux de la prépondérance politique. Mais, encore un coup, les Slaves ne voudront pas acheter la jouissance des institutions libérales au prix de leur nationalité, car ils savent parfaitement qu'on peut les acquérir par une révolution politique inattendue, tandis que la nationalité une fois perdue ne peut être reconquise. Or, l'attachement à leur nationalité est le trait distinctif du caractère des Slaves. Ce sentiment anime le paysan le plus ignorant autant que le plus savant érudit, et il est aussi vivace en ce moment qu'il l'était il y a mille ans. L'empereur Léon le Philosophe (881-912), dit que les Slaves préfèrent être opprimés par leurs princes, plutôt que d'obéir aux Romains et à leurs sages lois. Les Croates de nos jours ont pris les armes contre les Madgyars, avec lesquels ils sont restés pendant des siècles dans l'union politique la plus intime, jouissant des mêmes libertés constitutionnelles sans jamais tenter de la rompre,—uniquement parce que leur sentiment national a été froissé par la mesure qui leur imposait de force la langue madgyare. Ce sentiment est beaucoup moins fort dans la race teutonique, dont le patriotisme porte un caractère local. Les Allemands de l'Alsace sont Français de sentiment et sont fiers de l'être; il en est de même des Allemands des provinces baltiques de la Russie; il en est tout autrement des Slaves. Un écrivain allemand ajustement fait observer que le patriotisme des Slaves n'est pas attaché à la terre, mais qu'ils sont unis par un lien puissant, celui de la langue, laquelle est aussi souple et flexible que les nations qui la parlent[5], et l'on peut appliquer aux Slaves en général, ce qu'un homme d'État éminent de la Grande-Bretagne (Sir Robert Peel) a dit en parlant des Polonais: Cælum non animum mutant[6].

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