Note 168 — CHAPITRE XIII. POLOGNE. (Suite).
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De celles-là, les deux dernières seulement vécurent jusqu'à nous, richement dotées par leurs fondateurs, les Radziwill, et mises à couvert de la persécution catholique par cette puissante famille, dont les membres, voués plus tard au Catholicisme, n'en continuèrent pas moins à témoigner beaucoup de bienveillance aux institutions protestantes de leurs ancêtres. En 1804, le département universitaire de Vilna, comprenant les provinces enlevées à la Pologne par la Russie, reçut une nouvelle organisation du prince Adam Czartoryski, que l'empereur Alexandre[168] avait nommé curateur, c'est-à-dire directeur suprême de ce département. Cette organisation intronisa un système d'éducation publique, rival des meilleures créations de l'Europe, et l'instruction, reçue en polonais, préserva la nationalité polonaise sous la domination de la Russie. L'école protestante de Kiéydany[169] et celle de Sloutzk, eurent une large part à la nouvelle organisation; elles furent considérablement agrandies, et touchèrent des revenus additionnels au moyen d'un prélèvement annuel concédé à perpétuité sur le fonds général du département de l'instruction publique, et une indemnité en faveur des élèves qui étudiaient à l'Université de Vilna pour exercer le professorat aux mêmes écoles. Ainsi le prince Czartoryski, en rendant service à son pays en général, a procuré en même temps un grand avantage à ses concitoyens protestants, en relevant la condition de leurs écoles; et, comme l'histoire témoigne que la vérité religieuse a toujours progressé sous l'empire d'un bon système d'éducation publique, il n'avait pas peu mérité de cette cause sacrée, en généralisant un tel progrès dans les provinces polonaises de la Russie. Les services de ce grand patriote sont assez connus en ce pays et dans le reste de l'Europe, ils n'ont pas besoin de nos louanges pour être appréciés comme ils le méritent, par tout ce qu'il y a de nobles âmes et d'esprits éclairés chez toutes les nations. L'école de Sloutzk existe encore, si nous ne nous trompons, bien que profondément modifiée; mais celle de Kiéydany, qui avait traversé deux siècles de prospérité et résisté à toutes les persécutions catholiques, fut supprimée en 1824 dans les malheureuses circonstances que voici: en 1823, le sénateur russe Novossiltzoff, qui était chargé de la direction suprême des affaires de l'instruction publique de la Lithuanie, sous le grand-duc Constantin, signala son administration par diverses mesures oppressives contre les établissements universitaires de cette province. Une grande fermentation commença à se manifester parmi les élèves, et s'accrut des rigueurs déployées contre les plus mutins, de même que du système d'inquisition appliqué à l'Université de Vilna et aux écoles de son département. Une circulaire secrète fut adressée aux recteurs de tous les établissements, leur enjoignant de surveiller les compositions diffamatoires qui pourraient échapper à l'effervescence des élèves, et d'en rendre bon compte aux autorités. Le malheur voulut que le fils du révérend M. Moleson (descendant des anciennes familles écossaises dont nous avons parlé), ministre protestant et recteur de l'école de Kiéydany, découvrît, par hasard, l'une de ces circulaires parmi les papiers de son père; provoqué par ses termes mêmes, il résout à l'instant, avec la fougue d'un écolier de dix-sept ans, de jouer un tour de son métier aux autorités, en composant et en placardant quelques pamphlets auxquels il n'eût autrement jamais pensé. Plusieurs étudiants se joignent à lui, et bientôt il a mis au jour et affiché sur les murs de quelques maisons, un libelle, très peu sanglant d'ailleurs, contre le grand-duc Constantin.