Note 154 — CHAPITRE XI. POLOGNE. (Suite.)
Reading edition
À ce faible prince succéda son fils aîné, Vladislav IV, jeune monarque d'un esprit droit et généreux. Ses lumières et son expérience des maux causés par la piété ignorante de son père, lui inspirèrent une aversion si profonde contre les Jésuites, qu'aucun membre de cette société ne fut admis à sa cour. Sa nature bienveillante répugnait à la persécution. Le mérite personnel avait seul droit à ses faveurs, et le guidait dans le choix des dignitaires de l'État sans égard à leur conviction religieuse. Ses efforts pour opposer une digue au flot toujours montant de la persécution, ne purent triompher cependant de l'esprit d'intolérance que les Jésuites avaient répandu au loin, surtout au sein de la noblesse inférieure et nombreuse, formée dans leurs écoles. Bien qu'il fût parvenu à réprimer les émeutes populaires suscitées contre les Protestants, il resta impuissant en face de deux grands actes de persécution légale, l'abolition du temple et du collége protestants de Vilna, en 1640, et celle de la célèbre école des Sociniens; mesures de rigueur ordonnées par les diètes, sous prétexte d'injures adressées aux statues des saints par les élèves de ces établissements. Vladislav fit de grands efforts pour calmer l'irritation produite au sein des populations de l'Ukraine[154], par les tentatives qui avaient été faites pour leur imposer l'Union avec Rome. Il confirma la hiérarchie adoptée par les partisans de l'Église indépendante, qui se retrempa dans la célèbre Académie fondée à Kioff par Pierre Mohila, prélat d'un noble caractère, de haute naissance et de grand savoir[155]. La mort de ce souverain, qui sut enchaîner, par un mérite tout personnel, les aveugles passions du fanatisme évoqué sous le règne de son père, leur donna de nouveau libre carrière et appela sur la Pologne les terribles calamités au récit desquelles nous consacrerons le chapitre suivant.