Note 151 — CHAPITRE XI. POLOGNE. (Suite.)
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Le triomphe écrasant de Sigismond III sur le parti anti-catholique de Pologne, si puissant au moment de son avènement, fut cependant acheté au prix des plus chers intérêts du pays, dont ce prince était toujours prêt à faire le plus complet sacrifice, quand les Jésuites, ses conseillers ordinaires, le réclamaient au nom de leur Église en général, ou de leur ordre en particulier. Nous avons décrit plus haut l'empire absolu qu'ils exercèrent sur l'esprit du roi Sigismond; mais leur funeste influence fut long-temps balancée par Zamoyski, à qui notre histoire a décerné le titre de Grand, et qui, réunissant en sa personne, avec un ardent patriotisme, les qualités supérieures de l'homme d'État, du guerrier et de l'écrivain, exerça une influence immense sur ses concitoyens[151]. Il était né Protestant, mais rebuté, selon toute apparence, par les divisions qui régnaient au sein du Protestantisme, et s'attendant probablement, comme beaucoup de patriotes éclairés, à une réforme de l'Église nationale, il s'unit à cette Église, mais il n'en resta pas moins toute sa vie l'un des plus ardents défenseurs de la liberté religieuse. Il avait coutume de dire que, bien qu'il fût prêt à donner la moitié de sa vie pour convertir ses concitoyens à sa foi, il la sacrifierait tout entière, plutôt que de souffrir qu'aucun d'eux fût persécuté à cause de ses croyances. Sigismond, qui devait en partie sa couronne aux efforts de ce puissant magnat, était forcé d'accueillir ses avis avec déférence; mais son influence auprès du roi baissait en raison de l'empire croissant des Jésuites. Zamoyski prit le monarque à partie, au sein d'une diète assemblée, et lui reprocha, dans un langage sévère, l'abandon de ses devoirs de souverain. Il fût parvenu sans doute à opposer une digue infranchissable à l'envahissement du mal; malheureusement pour la Pologne, il mourut peu de temps après, et les choses allèrent de mal en pis, jusqu'à l'explosion d'une guerre civile. Cette levée de boucliers se termina par la défaite des adversaires de Sigismond, suivie d'une paix conclue par les efforts de plusieurs patriotes influents; mais rien n'empêcha ce monarque aveugle de courir à l'abîme vers lequel il précipitait la nation. Nous avons décrit plus haut l'influence funeste des Jésuites sur l'éducation nationale, et le mécontentement des sectaires de l'Église d'Orient produit par la même cause. Ces deux circonstances devinrent dans la suite une source de maux incalculables pour la Pologne, et la cause première de la décadence et de la chute de ce royaume; mais les déplorables effets de cette influence sur les affaires étrangères de ce pays, se firent sentir pendant le règne de Sigismond lui-même. C'est ainsi qu'il perdit son sceptre héréditaire de Suède, pour avoir voulu y rétablir le Catholicisme, et qu'il suscita à la Pologne une guerre avec cette puissance, qui s'offrait naturellement comme sa première alliée, la couronne des deux pays reposant sur la même tête. La Livonie, riche province particulièrement importante par ses ports de mer, qui s'était soumise à la Pologne sous Sigismond-Auguste, et dont la population était protestante, fut perdue par l'inconcevable bigoterie de ce monarque. Un violent mécontentement s'était manifesté parmi ses habitants, lors de l'installation des Jésuites à Riga sous Étienne Batory, et cette circonstance en avait rendu la conquête aisée à la Suède. Elle eût été sauvée cependant par le prince Christophe Radziwill, qui la défendit vaillamment contre les armes suédoises, et raffermit par son influence la fidélité ébranlée de sa population. Mais Sigismond et ses misérables conseillers, qui détestaient dans Radziwill le Protestant fervent, refusèrent de lui envoyer tout secours[152]. Ainsi, pour enlever à un sujet protestant l'occasion de se distinguer, fût-ce même contre une nation protestante, une province importante fut sacrifiée. Un fait analogue se produisit dans la Prusse polonaise, où plusieurs villes, irritées des entreprises continuelles des Jésuites contre leur liberté religieuse, opposèrent à peine une ombre de résistance à Gustave-Adolphe, malgré le concours des circonstances qui semblaient mettre obstacle à l'ambition de ce souverain. Le héros polonais Zolkiewski avait su, dans une assemblée des grands de Moscovie, en 1612, faire tomber le sceptre de la maison éteinte de Rurik aux mains de Vladislav, fils de Sigismond; mais ce monarque entêté perdit ce vaste empire pour la Pologne, en se refusant à exécuter le traité conclu à cet effet par Zolkiewski, et en essayant à ceindre pour son propre compte la couronne moscovite. Ses faiblesses trop connues au profit de la Société de Jésus, et son ardeur de prosélytisme, poussèrent les Moscovites à une résistance désespérée contre l'alliance qu'ils avaient précédemment recherchée. L'influence de ses conseillers en Loyola asservissait son gouvernement à la politique de l'Autriche, à laquelle il sacrifiait, en toutes circonstances, la grandeur et la liberté de son royaume. Ainsi, quand la Bohême se leva pour défendre ses libertés politiques et religieuses contre la maison d'Autriche, au lieu de suivre l'exemple de Casimir Jagellon et de soutenir cette nation amie contre une injuste oppression, il fit intervenir en Hongrie, sans le consentement de la diète, exigé en cas de guerre par la constitution, un corps considérable de Cosaques, qui contribua puissamment à arrêter les progrès de Bethlem Gabor, prince de Transylvanie. Ayant, en outre, irrité le sultan par cette violation de neutralité, il s'attira une guerre avec la Turquie, aussi peu nécessaire que funeste aux intérêts de la Pologne. Tout compte fait, ces calamités l'emportent de beaucoup sur l'avantage d'avoir conquis quelques provinces moscovites, perdues en un quart de siècle après sa mort.