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Essai sur l'Histoire Religieuse des Nations Slaves

Note 148 — CHAPITRE XI. POLOGNE. (Suite.)

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L'Union conclue à Brestz, repoussée par une notable partie de la noblesse et du clergé, mal accueillie par la grande majorité des masses, trouva cependant accès auprès de beaucoup de riches familles et d'ecclésiastiques influents; et cette adhésion, fortifiant le parti des Jésuites, lui souffla l'audace d'agir avec plus de violence contre les Protestants, en joignant la persécution aux moyens de séduction. Les lois du pays ne fournissant aucune arme qui permît aux autorités d'opprimer les Anti-Papistes, les Jésuites atteignirent le même but, en se servant de la chaire et du confessionnal pour exciter les classes inférieures à des actes de violence contre les écoles et les temples protestants, sans épargner la personne des Pasteurs, et en couvrant ces crimes du voile de l'impunité assurée à leurs intrigues. Le roi Sigismond III, avons-nous dit, s'était plu, dans le cours de son règne, à conférer les plus hautes dignités de la couronne aux créatures du parti jésuitique. Les tribunaux se composaient de magistrats électifs, et il était facile aux Jésuites de n'ouvrir les portes du sanctuaire qu'aux personnes dévouées à leurs intérêts. La direction presque exclusive qu'ils s'étaient arrogée de l'éducation des nobles, la classe dominante de la nation, mettait à leur dévotion les générations élevées dans leurs écoles, et leur donnait une influence immense dans l'administration de la justice, sur toute l'étendue du territoire. Aussi n'y avait-il pas lieu de s'étonner que les auteurs des plus violentes agressions contre les Protestants obtinssent l'impunité devant de semblables tribunaux, qui acquittaient les coupables en recourant, au besoin, aux subtilités juridiques, telles qu'une nullité d'enquête, etc.; ou, quand le délit était par trop flagrant, on procurait aux criminels le moyen d'échapper, par la fuite, aux conséquences de l'arrêt que les juges se voyaient forcés de prononcer contre les accusés. En beaucoup de cas, les coupables restaient à l'abri du châtiment, grâce à l'intimidation qui paralysait les poursuites judiciaires, et à la conviction dans laquelle on était, que toute mesure de ce genre ne servirait qu'à constituer la victime en frais, sans autre résultat pour elle. Les Protestants avaient vu leurs temples menacés de destruction, la sépulture de leurs coreligionnaires troublée par les plus sacriléges attentats à la mort, et leurs ministres odieusement traités, même avant l'avènement de Sigismond III; mais ces tentatives avaient rencontré presque toujours une juste répression. Sous le règne de ce monarque, cependant, une guerre de parti, fomentée dans la lie du peuple, éclata contre les Réformés, à l'instigation des Jésuites et de leurs instruments. En 1591, la populace signala son entrée en campagne par l'incendie de l'église protestante de Cracovie, sous la conduite de quelques étudiants de l'Université[148]. Ce crime demeura impuni, et, pour prévenir le retour d'une semblable catastrophe, les Protestants transférèrent le siége de leur culte dans un village voisin de Cracovie, où ils ne se virent pas toujours à l'abri des attaques du fanatisme. Ces agressions réitérées, jointes aux insultes personnelles et aux actes de violence auxquels ces citoyens étaient fréquemment en butte, décidèrent un grand nombre d'entre eux à émigrer de cette ville, qui vit ainsi décroître sa prospérité. Les temples de Posen, Vilna et autres villes, furent détruits de la même manière, les sépultures violées, et les ministres de la religion accablés de mauvais traitements. De fréquents attentats à la propriété privée venaient encore ajouter aux griefs des Protestants; mais l'influence du clergé catholique leur interdisait tout recours utile en justice. Le chevet des mourants était assailli, dans l'espoir de leur arracher un mot ou un signe qui montrât qu'ils avaient abjuré leur croyance avant de mourir. On voyait les plus proches parents, le père ou la mère, l'enfant lui-même, entreprendre de troubler l'agonie des siens; zèle inconsidéré! plus propre à jeter le doute et les ténèbres dans leur esprit, qu'à les préparer à faire face à ce moment solennel, comme il convient à un vrai chrétien[149]. Les Protestants essayèrent en vain à résister. Ils projetèrent, peu de temps après l'avènement de Sigismond III, de fonder à Vilna une Université, rivale de celle des Jésuites; mais leur plan fut traversé par une ordonnance du roi et par l'influence du clergé. Les rangs des Protestants s'éclaircissaient, de jour en jour, au profit de l'Église de Rome, dont nous avons dépeint l'infatigable séduction; et la persécution croissait en raison de l'affaiblissement de leurs forces. Le seul moyen de faire face à l'orage eût été une étroite union entre tous les Anti-Papistes du pays; mais, hélas! l'esprit de division l'emporta, et l'alliance de Sandomir, après d'impuissants efforts pour la maintenir, fut définitivement dissoute par les Luthériens. Une assemblée fut convoquée à Vilna, en 1599, pour y délibérer d'un pacte d'alliance entre les Protestants et l'Église grecque, sans que cette tentative fût plus heureuse que les précédentes. Une association de défense mutuelle se conclut cependant à cette époque, mais elle resta sur le papier, sans produire aucun résultat.

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