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Essai sur l'Histoire Religieuse des Nations Slaves

Note 116 — CHAPITRE VII. POLOGNE. (Suite.)

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Nicolas Radziwill, surnommé le Noir, à cause de son teint, appartenait à une riche famille lithuanienne. Une instruction solide et de nombreux voyages développèrent ses talents naturels. Sigismond-Auguste ayant épousé sa cousine, Barbe Radziwill, il se trouva en relations intimes avec le roi, dont il gagna toute la confiance. Il fut nommé chancelier de Lithuanie et palatin de Vilna: il figura dans les affaires les plus importantes, et obtint, en récompense, la propriété d'immenses domaines. Il visita à plusieurs reprises, en qualité d'ambassadeur, les cours de Charles-Quint et de Ferdinand Ier, et reçut de Charles-Quint le titre de prince de l'Empire. Radziwill fut converti aux doctrines de la Réforme, à la suite de ses rapports avec les Protestants de Prague, et, vers 1553, il se rallia à la confession de Genève. À partir de ce moment, il se voua tout entier aux intérêts de sa nouvelle religion. L'influence considérable et la popularité dont il jouissait en Lithuanie lui permirent d'engager avec succès la lutte contre Rome. Le clergé ne put résister à un adversaire aussi redoutable; les prêtres eux-mêmes se convertissaient avec tant d'ensemble, qu'il ne restait plus, dans le diocèse de Samogitie, que huit prêtres catholiques. La noblesse presque entière adopta le culte protestant. Radziwill bâtit à Vilna un magnifique temple et un collége; il patrona par ses libéralités les hommes distingués de son parti; il fit traduire et imprimer à ses frais (1564), la première Bible protestante qui ait paru en Lithuanie, ainsi qu'un grand nombre d'autres écrits en faveur de la Réforme[116]. Il fût parvenu, sans aucun doute, à obtenir la conversion du roi; malheureusement, il mourut en 1565, dans toute la force de l'âge. À son lit de mort, il conjura son fils aîné, Nicolas-Christophe, de demeurer fidèle à la foi de son père. Déjà, lorsque son fils s'approcha pour la première fois de la sainte table, il lui avait rappelé, dans un discours éloquent, qu'il allait hériter d'une immense fortune, d'un nom illustre, d'une estime universelle; que tous ces biens étaient périssables, et qu'il devait surtout songer aux biens solides qui procurent le salut éternel! La mort de Radziwill porta un coup fatal à la cause du Protestantisme en Lithuanie, bien que ce grand homme fût, jusqu'à un certain point, remplacé par son cousin, Nicolas Radziwill, frère de la reine Barbe et surnommé Rufus, ou le Rouge. Celui-ci commanda en chef les forces lithuaniennes, et se distingua par ses talents militaires. Après la mort de son cousin, il fut nommé palatin de Vilna, et protégea avec ardeur les temples et les écoles. Les descendants de Radziwill le Noir rentrèrent tous au sein de l'Église romaine, et leur lignée s'est perpétuée jusqu'à nos jours; mais ceux de Radziwill Rufus professèrent le Protestantisme jusqu'à l'extinction de leur branche. J'aurai, dans la suite de cet ouvrage, occasion de revenir sur cette famille.

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