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Essai sur l'Histoire Religieuse des Nations Slaves

Note 114 — CHAPITRE VII. POLOGNE. (Suite.)

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Après cet échec, le clergé voulut prendre sa revanche sur une question de sacrilége. Afin de réussir plus sûrement, il choisit sa victime dans les rangs inférieurs de la société. Une pauvre jeune fille, Dorothée Lazeçka, fut accusée d'avoir dérobé une hostie aux moines dominicains de Sochaczew[114], en feignant de recevoir la communion. On disait qu'elle avait caché cette hostie sous ses vêtements, et qu'elle l'avait vendue aux Juifs d'un village voisin, moyennant trois dollars et une robe brodée de soie. L'hostie aurait alors été portée à la synagogue, où, percée à coups d'épingle, elle aurait laissé échapper du sang qui aurait été recueilli dans un vase. Les Juifs essayèrent vainement de démontrer l'absurdité de cette fable, en alléguant que leur religion n'admettait pas le mystère de la transsubstantiation, et que dès lors on ne pouvait les soupçonner d'avoir soumis à une pareille épreuve une hostie, qui n'était pour eux qu'un simple pain à cacheter. Le synode, sous l'influence de Lippomani, les condamna, ainsi que la malheureuse jeune fille, à être brûlés vifs. Cette sentence inique ne pouvait être exécutée sans l'exequatur, ou l'autorisation du roi, et Sigismond-Auguste était un prince trop éclairé pour que l'on espérât d'obtenir sa sanction. L'évêque Przyrembski, vice-chancelier de Pologne, fit un rapport dans lequel il supplia le roi de ne pas laisser impuni un crime aussi horrible, commis contre la majesté de Dieu. Myszkowski, grand dignitaire de la couronne et protestant, fut si indigné de ce rapport, que la présence seule du roi retint sa main prête à frapper le prélat. Sigismond envoya au staroste (gouverneur) de Sochaczew, l'ordre de relâcher les accusés; mais le vice-chancelier fabriqua un exequatur auquel il apposa secrètement le sceau royal, et il transmit un ordre d'exécution. Informé de cette fourberie, le roi se hâta d'expédier un messager pour en prévenir les tristes effets. Il était trop tard. L'assassinat juridique était accompli!

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