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Essai sur l'Histoire Religieuse des Nations Slaves

Note 202 — APPENDICE

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«Les rapides progrès du développement intellectuel en Europe ont exercé aussi leur influence sur les nations slaves; la littérature a marché graduellement, et toutes les branches des connaissances humaines ont été cultivées à leur tour par ces nations. Les principaux sujets cependant qui ont captivé l'attention des savants slaves, sont l'histoire et les antiquités de leurs pays respectifs, étudiées non-seulement dans leurs chroniques écrites, mais encore dans leurs chants populaires, dans les traditions et les superstitions; la culture et les progrès de leurs langages nationaux ont également fait l'objet de leurs méditations et de leurs efforts. Il en résulta la conviction universelle que toutes les nations slaves sont non-seulement autant de rejetons d'une même tige et leurs idiomes respectifs autant de dialectes d'une langue-mère, mais encore qu'il existe une affinité évidente entre les principaux traits de leur nature morale et physique. Bref, tous les Slaves, malgré les modifications diverses résultant de l'influence du climat, de la religion et de la forme du gouvernement, appartiennent par leur essence à une seule et même nation. Cette conviction répandit parmi tous les hommes de la même race un grand amour de nationalité, et les savants qui avaient éveillé ce sentiment le propagèrent par leurs écrits parmi tous leurs compatriotes. La pensée d'étendre leur activité intellectuelle sur la race très nombreuse d'Europe, au lieu de la limiter à la sphère comparativement étroite de leur propre nation, parut des plus attrayantes aux écrivains slaves, dont les ouvrages n'avaient eu qu'un cercle très restreint de lecteurs, à cause du petit nombre d'habitants parlant le langage dans lequel leurs ouvrages sont écrits. C'est surtout ce qui arrive avec la Bohême; car, bien que ce pays possède aujourd'hui une littérature importante et compte plusieurs auteurs du premier mérite, son public de lecteurs est très limité. La population parlant le bohémien s'élève, y compris les Slovaques de Hongrie, à plus de sept millions d'individus[202]; mais comme presque toutes les classes instruites, surtout en Bohême, savent l'allemand, la littérature nationale de ce pays a souvent à soutenir une concurrence redoutable avec les productions d'Allemagne, et, en conséquence, les ouvrages les plus importants publiés en bohémien doivent, en général, leur appui bien plus au patriotisme éclairé de quelques individus qu'à l'étendue de leur circulation. La littérature, de nos jours, ne peut cependant atteindre un haut degré de prospérité sans avoir un vaste champ ouvert à la renommée de ses écrivains et au bénéfice de ses éditeurs, qui doivent pouvoir récompenser le travail littéraire de manière à ce que les hommes de talent soient engagés à se dévouer à la pénible carrière d'auteur. Les lettrés bohémiens arrivèrent en conséquence à cette conclusion, que le moyen le plus sûr d'atteindre ce but serait d'étendre l'activité intellectuelle de chaque nation slave à la race tout entière, au lieu de la limiter, comme on avait fait jusqu'ici, à telle ou telle branche. Kollar, ecclésiastique protestant de la congrégation slave de Pesth, en Hongrie, et qui s'y était acquis une réputation méritée par ses productions littéraires, fut le premier qui mit en avant cette grande idée d'une manière saisissable, au moyen de plusieurs écrits, mais surtout par la dissertation qu'il publia en allemand, en 1828, sous le titre de: Wechselseitigkeit, ou Réciprocité. Il adopta la langue allemande pour cette publication, afin de lui préparer un accès plus facile dans toutes les contrées slaves, auprès des classes les plus instruites, qui comprennent généralement cette langue. Il proposa, dans cet ouvrage, une réciprocité littéraire entre toutes les nations slaves, c'est-à-dire que tout Slave instruit serait désormais versé dans les langages et dans la littérature des principales branches de la tige commune, et que tous les lettrés slaves posséderaient une connaissance approfondie de tous les dialectes de leur race. Il prouva en même temps que les divers dialectes slaves ne diffèrent pas plus entre eux que les quatre principaux dialectes de l'ancienne Grèce (l'Attique, l'Ionien, le Dorique et l'Éolien), et que les auteurs qui écrivirent dans ces quatre dialectes furent également considérés comme Grecs, malgré cette différence, et que leurs productions furent revendiquées comme la propriété commune et la gloire de toute la Grèce, et non comme appartenant exclusivement à la population dans le dialecte de laquelle elles avaient été publiées. Si cette division de langage en plusieurs dialectes n'a pas empêché les Grecs de créer la plus brillante littérature du monde, pourquoi la même cause agirait-elle comme une entrave sur celle des peuples d'origine slave? Les avantages que toutes ces nations pourraient recueillir d'une réciprocité de ce genre sont certainement très grands, car elle donnerait un essor considérable à la littérature de toutes les branches slaves, et en même temps une valeur intrinsèque plus grande à leurs productions, en ouvrant aux auteurs un champ plus vaste à leur renommée et plus de chance d'être rémunérés de leurs travaux.

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