Note 30 — CHAPITRE IX.
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Cette pommade rappelle l'aventure assez plaisante du jeune abbé de Fl..., qui, en ayant trouvé sur une toilette et ayant les lèvres gercées, les en frotta innocemment et sans penser à mal, mais avec un tel succès, que le matin, en s'éveillant, il ne pouvait ouvrir la bouche. Pareille aventure arriva également à M. le comte de Rochefort. Voici comment il la raconte dans ses Mémoires. Mlle de Menneville, fille d'honneur de la reine mère, ayant demandé à ce dernier un habit d'homme, en secret:
«Je le lui portai dans sa chambre. Mais comme il n'y avoit personne pour le recevoir, je le mis sous son lit où elle m'avoit dit de le mettre, et m'en fus causer avec la bonne femme Mme du Tilleul, sous-gouvernante des filles, qui étoit de mes bonnes amies. Comme toutes les chambres des filles, ou, pour parler plus juste, toutes les loges étoient ouvertes, car elles ressembloient proprement à celles des comédiens, j'aperçus, en me promenant avec elle, sur une toilette, des peignes, une boëte à poudre, et tous les autres ingrédiens qui servent à l'ajustement d'une fille, et niant remarqué entr'autres choses une petite boëte de pommade, j'en voulus prendre pour me frotter les mains que j'avois un peu rudes. Je la trouvai toute d'une autre couleur que celle de l'ordinaire, ainsi croiant qu'elle pouvoit servir aux lèvres, où j'avois un peu mal, j'en mis assez imprudemment. Mais je ne fus pas longtemps à m'en repentir, au même temps mes lèvres me firent un mal enragé, ma bouche se rétrécit, mes gencives se ridèrent, et quand je vins à vouloir parler, je fis rire tellement Mme du Tilleul, que je jugeai qu'il falloit que je fusse bien ridicule. Ce qui fut le pis fut que je ne pus presque articuler aucune parole, et, courant promptement à un miroir, je me fus regarder, et me fis tant de honte à moi-même, que je m'enfuis pour me cacher. En m'en allant je trouvai M. le duc de Roquelaure qui entroit pour venir faire la cour à quelqu'une des filles, et étant tout étonné de me voir de la sorte, il me demanda qui m'avoit mis en cet état. Je lui contai naïvement mon infortune, à quoi il me fit réponse, en se moquant de moi, que je n'avois que ce que je méritois, qu'à mon âge je devois savoir qu'il y avoit de toutes sortes de pommade; que celle que j'avais prise n'étoit ni pour les mains ni pour les cheveux, et qu'elle étoit un peu plus rare. Il me quitta après s'être ainsi raillé de moi, et s'en allant dans la chambre de la reine-mère, il lui fit sa cour à mes dépens. Aussitôt tout le monde accourut pour me voir, et voiant que j'avais aprêté manière de rire, j'en aurois ri, tout le premier, s'il m'avoit été permis d'ouvrir la bouche. Cette aventure fut le sujet de l'entretien de toute la cour, pendant plus de huit jours, et on le manda même à Nantes, où le roi étoit, qui pour être si sérieux ne put s'empêcher de rire. Pour moi, j'en avois tout autant d'envie que les autres quand je pensois à cet accident, mais quoi que je m'étuvasse la bouche d'eau fraîche, et tantôt de vin tiède, il n'y eut que le temps qui m'aporta du soulagement.»