Note (retour) — CHAPITRE X
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Le Prince prit place sur son alga, derrière lequel son servant d'armes, appuyé sur la javeline, tenait haut le bouclier de son maître; ses commensaux, brassard d'honneur au poignet et sabre au côté, se rangèrent debout autour de lui. Le page porte-aiguière s'avança et les Enjerras Assallafis (panetiers), les épaules et les bras nus, s'étant soigneusement lavé les mains18, s'échelonnèrent des deux côtés de la table et se tinrent debout, les coudes au corps et les avants-bras ouverts. Les huissiers se postèrent aux issues, et chef d'avant-garde, sénéchaux, tous les principaux seigneurs vinrent se placer selon leur naissance et leur rang. Une deuxième file de convives s'assirent de façon à pouvoir encore atteindre la table en allongeant le bras, et derrière, les cavaliers de marque, les fantassins et fusiliers d'élite se tassèrent debout, en rangs pressés et si nombreux qu'ils soulevaient les parois des tentes. Les trompettes de l'Azzage ou biarque annoncèrent son arrivée; la portière fut relevée et l'Azzage Fanta, revêtu des insignes de sa charge, parut sur la place, conduisant les employés de la bouche. Des hommes tenant sur la tête des paniers de pains de première qualité, recouverts de housses écarlates traînantes jusqu'à terre, ouvraient la marche; puis deux files de cuisinières et de femmes de service portant des plats et des terrines de ragoûts bien lutées; ensuite le premier échanson, suivi d'une longue rangée de servantes courbées sous leurs jarres d'hydromel. Pendant ce défilé, les timbaliers au dehors battaient la berloque, et hâteurs et dépeceurs s'évertuaient à préparer la viande d'une quinzaine de bœufs qu'on venait d'abattre. Les porteuses d'hydromel s'accroupirent au bas-bout de la tente, les panetiers vidèrent les paniers devant le Prince et les principaux convives, et l'aumônier ayant dit le Benedicite, ils rompirent le pain, plongèrent leurs mains dans les ragoûts fumants et les ayant fait goûter par les cuisinières, les répandirent devant les convives. Le Prince et les principaux assistants ayant fait une collation chez eux, ne mangèrent que du bout des dents et pour la forme. L'écuyer tranchant répartit dans l'assemblée ses serviteurs chargés de grosses pièces crues, et prenant lui-même à deux mains la bosse entière d'un bœuf-bison, il la présenta au Prince et après lui, aux convives les plus réputés pour leur bravoure. Ce morceau d'honneur achevé, les assistants, qui avec un couteau, qui avec son sabre, se taillèrent des lopins dans les aloyaux, longes et surlonges, cuissiers, culottes et filets palpitants qu'on leur présentait; puis, on servit les carbonnades. Quelques retardataires s'acharnaient encore à dépouiller à belles dents des côtes de bœuf à demi noircies par le feu, lorsque le page présenta le bassin et l'aiguière au Prince, et ceux qui étaient près de lui le voilèrent respectueusement de leurs toges tandis qu'il se lavait. Pendant ce temps, l'échanson en chef, tenant haut le petit burillé (carafon) du Dedjazmatch, se frayait un passage; il présenta la boisson en s'inclinant, et son maître, avant de la porter à ses lèvres, lui en versa un peu dans le creux de la main pour qu'il la goutât en sa présence. On offrit également un burilé d'hydromel à l'Azzage Fanta; malgré sa dignité, la quatrième en importance, l'Azzage se tient debout au bas de la table, tant que dure le banquet qu'il surveille et dirige en sa qualité d'architriclin. Ce fut le signal de la distribution générale de l'hydromel; chacun selon sa naissance ou son rang, reçut des deux mains et en saluant de la tête, soit un burilé, soit un hanap en corne de bœuf ou de buffle; quelques-uns de ces hanaps étaient hauts d'une coudée. Les convives assis se reculèrent suffisamment pour laisser s'attabler ceux qui étaient restés debout derrière, et ceux-ci repus firent place à leur tour à plusieurs sections successives de soldats de la garde; ces intrépides mangeurs ne tardèrent pas à faire table nette, mais la chaleur devint gênante par suite de l'entassement de tant de monde.