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Douze ans de séjour dans la Haute-Éthiopie

Note (retour) — CHAPITRE IV

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La famille, cet élément essentiel d'ordre et de liberté, était encore dans sa force; les nouveaux dominateurs l'affaiblirent, en accueillant avidement les plaintes de ses membres contre son autonomie. La loi salique qui l'avait régie jusqu'alors cessa d'être sa règle absolue: les femmes furent admises, comme les héritiers mâles, au partage des terres; des fiefs même importants tombèrent en quenouille. «Nos femmes, m'ont dit quelques indigènes, ont perdu dès-lors, avec l'esprit de soumission, leur principale vertu; notre vieux mariage chrétien et irrévocable devint l'exception; le mariage dotal et accessible au divorce, la règle; les riches et les nobles, et nos Empereurs eux-mêmes, y ajoutèrent le concubinat. Le discrédit cessa de frapper les bâtards: leur légitimation et l'adoption d'étrangers achevèrent de détruire l'unité et la moralité de nos foyers. La division habita parmi nous. Dès-lors les délateurs ont paru; les procès se sont multipliés; la connaissance des lois est devenue une science abstruse, semée d'embûches7, et a donné naissance à cette classe d'hommes dangereux qui font métier de nous défendre devant nos juges. Nos familles se sont appauvries; nos communes se sont désagrégées; les soldats de profession nous ont envahis; plus de sûreté ni d'abondance dans nos campagnes, et au mot qui désignait le cultivateur on substitua la désignation injurieuse qui prévaut aujourd'hui. L'Empereur était devenu tout, et tout était devenu l'Empereur.»

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