Note (retour) — OEUVRES DE DESCARTES.
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Sa méthode est créée: il a fait comme ces grands architectes qui, concevant des ouvrages nouveaux, commencent par se faire de nouveaux instruments et des machines nouvelles. Aidé de ce secours, il entre dans la métaphysique. Il y jette d'abord un regard. Qu'aperçoit-il? une audace puérile de l'esprit humain, des êtres imaginaires, des rêveries profondes, des mots barbares; car, dans tous les temps, l'homme, quand il n'a pu connoître, a créé des signes pour représenter des idées qu'il n'avoit pas, et il a pris ces signes pour des connoissances. Descartes vit d'un coup d'oeil ce que devoit être la métaphysique. Dieu, l'âme, et les principes généraux des sciences, voilà ses objets14. Je m'élève avec lui jusqu'à la première cause. Newton la chercha dans les mondes; Descartes la cherche dans lui-même. Il s'étoit convaincu de l'existence de son âme; il avoit senti en lui l'être qui pense, c'est-à-dire l'être qui doute, qui nie, qui affirme, qui conçoit, qui veut, qui a des erreurs, qui les combat. Cet être intelligent est donc sujet à des imperfections. Mais toute idée d'imperfection suppose l'idée d'un être plus parfait. De l'idée du parfait naît l'idée de l'infini. D'où lui naît cette idée? Comment l'homme, dont les facultés sont si bornées, l'homme qui passe sa vie à tourner dans l'intérieur d'un cercle étroit, comment cet être si foible a-t-il pu embrasser et concevoir l'infini? Cette idée ne lui est-elle pas étrangère? ne suppose-t-elle pas hors de lui un être qui en soit le modèle et le principe? Cet être n'est-il pas Dieu? Toutes les autres idées claires et distinctes que l'homme trouve en lui ne renferment que l'existence possible de leur objet: l'idée seule de l'être parfait renferme une existence nécessaire. Cette idée est pour Descartes le commencement de la grande chaîne. Si tous les êtres créés sont une émanation du premier être, si toutes les lois qui font l'ordre physique et l'ordre moral sont, ou des rapports nécessaires que Dieu a vus, ou des rapports qu'il a établis librement, en connoissant ce qui est le plus conforme à ses attributs, on connoîtra les lois primitives de la nature. Ainsi la connoissance de tous les êtres se trouve enchaînée à celle du premier. C'est elle aussi qui affermit la marche de l'esprit humain, et sert de base à l'évidence; c'est elle qui, en m'apprenant que la vérité éternelle ne peut me tromper, m'ordonne de regarder comme vrai tout ce que ma raison me présentera comme évident.