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Discours de la méthode

Note 30 — OEUVRES DE DESCARTES.

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Note 30:

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C'est une chose remarquable que Descartes ait eu pour disciples les deux femmes les plus célèbres de son temps... Je ne m'étendrai point sur l'histoire de Christine, tout le monde la connoît. Ce fut M. de Chanut qui le premier engagea cette reine à lire les ouvrages de Descartes. En 1647, elle lui fit écrire, pour savoir de lui en quoi consistoit le souverain bien. La plupart des princes, ou ne font pas ces questions-là, ou les font à des courtisans plutôt qu'à des philosophes; et alors la réponse est facile à deviner. Celle de Descartes fut un peu différente: il faisoit consister le souverain bien dans la volonté toujours ferme d'être vertueux, et dans le charme de la conscience qui jouit de sa vertu. C'était une belle leçon de morale pour une reine; Christine en fut si contente, qu'elle lui écrivit de sa main pour le remercier. Peu de temps après, Descartes lui envoya son Traité des passions. En 1649, la reine lui fit faire les plus vives instances pour l'engager à venir à Stockholm, et déjà elle avoit donné ordre à un de ses amiraux pour l'aller prendre et le conduire en Suède. Le philosophe, avant de quitter sa retraite, hésita long-temps: il est probable qu'il fut décidé par toutes les persécutions qu'il essuyoit en Hollande. Il partit enfin, et arriva au commencement d'octobre à Stockholm. La reine le reçut avec une distinction qu'on dut remarquer dans une cour. Elle commença par l'exempter de tous les assujettissements des courtisans; elle sentoit bien qu'ils n'étoient pas faits pour Descartes. Elle convint ensuite avec lui d'une heure où elle pourroit l'entretenir tous les jours et recevoir ses leçons. On sera assez étonné quand on saura que ce rendez-vous d'un philosophe et d'une reine étoit à cinq heures du matin, dans un hiver très cruel. Christine, passionnée pour les sciences, s'étoit fait un plan de commencer la journée par ses études, afin de pouvoir donner le reste au gouvernement de ses états. Elle n'accordait au repos que le temps qu'elle ne pouvait lui refuser, et n'avoit d'autre délassement que la conversation de ceux qui pouvoient l'instruire. Elle fut si satisfaite de la philosophie de Descartes, qu'elle résolut de le fixer dans ses états par toutes sortes de moyens. Son projet étoit de lui donner, à titre de seigneurie, des terres considérables dans les provinces les plus méridionales de la Suède, pour lui et pour ses héritiers à perpétuité. Elle espéroit ainsi l'enchaîner par ses bienfaits. Malgré les bontés de la reine, il paroît que Descartes eut toujours un sentiment de préférence pour la princesse palatine, soit que, celle-ci ayant été sa première disciple, il dût être plus flatté de cet hommage; soit que les malheurs d'une jeune princesse la rendissent plus intéressante aux yeux d'un philosophe sensible. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il employa tout son crédit auprès de Christine pour servir Elisabeth: mais l'intérêt même qu'il parut y prendre l'empêcha probablement de réussir; car la reine de Suède, assez grande pour aspirer à l'amitié de Descartes, ne l'étoit pas assez pour consentir à partager ce sentiment avec une autre.

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