Note 27 — OEUVRES DE DESCARTES.
Reading edition
Note 27:
(retour)
Depuis que Descartes se fut établi en Hollande, il fit trois voyages en France, en 1644, 1647 et 1648. Dans le premier, il vit très peu de monde, et n'apprit qu'à se dégoûter de Paris. Ce qu'il y fit de mieux fut la connoissance de M. de Chanut, depuis ambassadeur en Suède. Comme leurs âmes se convenoient, leur amitié fut bientôt très vive. M. de Chanut mêloit à l'admiration pour un grand homme un sentiment plus tendre et plus fait pour rendre heureux. Il sollicita auprès du cardinal Mazarin, alors ministre, une pension pour Descartes. On ne sait pourquoi la pension lui fut refusée. En 1648, les historiens prétendent qu'il fut appelé en France par les ordres du roi. L'intention de la cour, disoit-on, étoit de lui faire un établissement honorable et digne de son mérite. On lui fit même expédier d'avance le brevet d'une pension, et il en reçut les lettres en parchemin. Sur cette espérance il arrive à Paris; il se présente à la cour. Tout étoit en feu: c'étoit le commencement de la guerre de la Fronde. Il trouva qu'on avoit fait payer à un de ses parents l'expédition du brevet, et qu'il en devoit l'argent. Il le paya en effet; ce qui lui fit dire plaisamment que jamais il n'avoit acheté parchemin plus cher. Voilà tout ce qu'il retira de son voyage. Ceux qui l'avoient appelé furent curieux de le voir, non pour l'entendre et profiter de ses lumières, mais pour connoître sa figure. «Je m'aperçus, dit-il dans une de ses lettres, qu'on vouloit m'avoir en France, à peu près comme les grands seigneurs veulent avoir dans leur ménagerie un éléphant, ou un lion, ou quelques animaux rares. Ce que je pus penser de mieux sur leur compte, ce fut de les regarder comme des gens qui auraient été bien aises de m'avoir à dîner chez eux; mais en arrivant, je trouvai leur cuisine en désordre et leur marmite renversée.» Au reste, il ne faut point omettre ici le juste éloge dit au chancelier Seguier, qui distingua Descartes comme il le devoit, et le traita avec le respect dû à un homme qui honorait son siècle et sa nation.