← Table of contents
Discours de la méthode

Note 26 — OEUVRES DE DESCARTES.

Reading edition

Note 26:

(retour)

Gisbert Voétius, fameux théologien protestant, et ministre d'Utrecht, né en 1589, et mort en 1676: il vécut 87 ans, taudis que Descartes mourut à 54. Il étoit tel qu'on l'a peint dans ce discours... Tout ce qu'on raconte de ses persécutions contre Descartes est exactement tiré de l'histoire. Il commença ses hostilités en 1639, par des thèses sur l'athéisme. Descartes n'y étoit point nommé; mais on avoit eu soin d'y insérer toutes ses opinions comme celles d'un athée. En 1640, secondes et troisièmes thèses, où étoit renouvelée la même calomnie. Régius, disciple de Descartes, et professeur de médecine, soutenoit la circulation du sang. Autre crime contre Descartes: on joignit cette accusation à celle d'athéisme; ordonnance des magistrats qui défendent d'introduire des nouveautés dangereuses. En 1641, Voétius se fait élire recteur de l'université d'Utrecht. N'osant point encore attaquer le maître, il veut d'abord faire condamner le disciple comme hérétique. Quatrièmes thèses publiques contre Descartes. En 1642, décret des magistrats pour défendre d'enseigner la philosophie nouvelle. Cependant les libelles pleuvoient de toute part; et le philosophe étoit tranquille au milieu des orages, s'occupant en paix de ses méditations. En 1643, Voétius eut recours à des troupes auxiliaires. Il alla les chercher dans l'université de Groningue, où un nommé Schoockius s'associa à ses fureurs. C'étoit un de ces méchants subalternes qui n'ont pas même l'audace du crime et qui, trop lâches pour attaquer par eux-mêmes, sont assez vils pour nuire sous les ordres d'un autre. Il débuta par un gros livre contre Descartes, dont le but était de prouver que la nouvelle philosophie menoit droit au scepticisme, à l'athéisme et à la frénésie. Descartes crut enfin qu'il étoit temps de répondre. Il avoit déjà écrit une petite lettre sur Voétius; et celui-ci n'avoit pas manqué de la faire condamner, comme injurieuse et attentatoire à la religion réformée, dans la personne d'un de ses principaux pasteurs. Dans sa réponse contre le nouveau livre, Descartes se proposoit trois choses: d'abord de se justifier lui-même, car jusqu'alors il n'avoit rien répondu à plus de douze libelles; ensuite de justifier ses amis et ses disciples; enfin, de démasquer un homme aussi odieux que Voétius, qui, par une ignorance hardie, et sous le masque de la religion, séduisoit la populace et aveugloit les magistrats. Mais les esprits c'étoient trop échauffés; il ne réussit point. Sentence contre Descartes, où ses lettres sur Voétius sont déclarées libelles diffamatoires. Ce fut alors que les magistrats travaillèrent à lui faire son procès secrètement, et sans qu'il en fût averti. Leur intention étoit de le condamner comme athée et comme calomniateur: comme athée, parce qu'il avoit donné de nouvelles preuves de l'existence de Dieu; comme calomniateur. Parce qu'il avoit repoussé les calomnies de ses ennemis.... Descartes apprit par une espèce de hasard qu'on lui faisoit son procès. Il s'adressa à l'ambassadeur de France, qui heureusement, par l'autorité du prince d'Orange, fit arrêter les procédures, déjà très avancées. Il sut alors toutes les noirceurs de ses ennemis; il sut toutes les intrigues de Voétius: ce scélérat, pour faire circuler le poison, avoit répandu dans toutes les compagnies d'Utrecht des hommes chargés de le décrier. Il vouloit qu'on ne prononçât son nom qu'avec horreur. On le peignoit aux catholiques comme athée, aux protestants comme ami des jésuites. Il y avoit dans tous les esprits une si grande fermentation, que personne n'osoit plus se déclarer son ami....

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings