Note 1 — ONOMATOPÉES FRANÇAISES.
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Comme il était de mon intention de donner dans le cours de cet ouvrage quelques exemples de l'extension des sons radicaux et des racines imitatives dans la désignation des êtres qui, comme je l'ai dit, n'ont point de formes propres et de bruits particuliers, et de prouver qu'aucune expression n'a été formée sans motif, et que les termes qui ont caractérisé les sensations premières, ont dû devenir allusivement le signe des sensations analogues; comme le son radical sag qui est une des anciennes Onomatopées du bruit de la flèche, est d'ailleurs un des plus curieux que je connaisse dans les modes qu'il a subis, je vais suivre ses différentes dérivations dans la Langue latine seulement, pour ne pas charger cette note d'un appareil inutile d'érudition.
Racine, SAG. Sens propre, une flèche.
Les Latins en ont fait SAG–itta, et immédiatement, par le procédé comparatif, ce nom est devenu commun à une plante dont il est question dans Pline, et qui ressemble à une flèche, au bout d'un rejeton de vigne qui a la forme d'une flèche barbelée, et à une constellation composée de cinq étoiles qui représente une flèche.
Sens dérivé.
SAG–ittarius a signifié un homme qui lance des flèches, et ensuite un signe du Zodiaque. Puis par une extension commune dans les Langues, on a nommé SAG–ittarius, une monnaie de Perse qui avait un SAG–ittaire pour empreinte.
SAG–ittifer a été le nom du porc épic, parce que les pointes dont il est couvert ont quelque ressemblance avec des flèches.
Jusqu'ici l'opération de l'esprit est simple et sans complication.
Sens relatif.
L'imagination commence à saisir des rapports plus éloignés, mais elle n'a point encore perdu de vue le sens propre.
SAG–aris signifie d'abord un faisceau de flèches, un carquois; il se dit bientôt d'une hache d'armes.
SAG–ma exprime en premier lieu ce qui sert à cacher la pointe de la flèche, à la garantir en temps de paix. Ensuite, il se dit généralement d'un fourreau, et finalement de la selle d'un homme d'armes où les flèches sont fixées.
SAG–men est pris dans un sens plus hardiment figuré, quoiqu'il appartienne encore au sens primitif. On appelle ainsi la verveine par opposition ou contre vérité, parce que les Ambassadeurs proposant la paix ou la guerre, portaient dans leurs mains une verveine et une flèche.
SAG–a signifie premièrement les armes d'un soldat. Ire ad SAG–a, c'est s'emparer de ses javelots et de ses flèches. On en fait SAG–um ou SAG–ulum qui est l'habit d'un soldat en guerre.
Une fois que ce pas est fait, on va beaucoup plus loin. On appelle SAC–itza le pillage d'une ville, l'extermination de ses habitans, parce que les vainqueurs les renversent à coups de flèches, et notre Langue en emprunte les mots SAC et SAC–cager qui conservent encore toute la racine, avec une simple modification de la gutturale g, prononcée sur une touche plus éclatante.
Enfin, il suffit de nazaler cette racine SAG, pour en former SANG–uis, qui s'emploie par une extension du même genre, parce que le sang coule sous les flèches.
N. B. En vieux français, sache a signifié un fourreau, sacher, tirer du fourreau, et ensuite, poursuivre le gibier et le renverser sous les flèches, d'où il semble que chasser a été fait par métathèse.
Sens figuré ou métaphorique.
Ici l'esprit de l'homme s'élance hardiment à des objets très-éloignés, pour peu qu'il y puisse saisir quelque affinité avec le sens originaire du mot inventé.
Une erreur populaire lui persuade qu'une espèce de pierre précieuse attire le bois comme l'aimant attire le fer, et que le bois y vole avec la rapidité de la flèche. Il nomme cette pierre SAG–da.
Il a observé que la flèche, en s'enfonçant dans un corps dur, y frémit long-temps encore. Il appelle SAG–acio, id est, SAG–ittæ actio, tous les genres de palpitation et de tremblement.
Il essaye de trouver un objet de comparaison à l'action de regarder. Le regard parcourt l'espace avec la vîtesse de la flèche, et le son radical SAG devient le nom du regard dans presque toutes les Langues de l'Orient. Les Latins cependant ne se servent point de cette racine à ce dernier usage; mais ils le méconnaissent si peu, qu'ils s'enrichissent de ses dérivations au sens abstrait.
Sens abstrait.
SAG–ire, c'est avoir de la pénétration, du discernement, saisir des yeux de l'esprit.
SAG–ax, c'est un homme pénétrant, un homme dont le regard sûr discerne la vérité.
Sens hyperbolique.
Le dernier terme de cette gradation est si étranger à son type, qu'il serait impossible d'en reconnaître l'origine, si on n'y pouvait remonter, comme nous le faisons, par une succession très-naturelle de sensations et de jugemens. Le sens abstrait s'étendant à des significations nouvelles, ce n'est plus au SAG–e, à l'esprit délicat et subtil qui saisit les choses dès le premier abord, avec une extrême justesse, que doit s'arrêter cette série d'idées que nous venons d'exposer; son regard plus prompt, plus sûr, plus pénétrant encore, perce tous les obstacles. Son esprit s'élève au-dessus de toutes les conceptions ordinaires; il domine, il explique l'avenir,
C'est le devin que les Latins ont appelé SAG–us, la magicienne, l'enchanteresse dont ils ont fait SAG–a, SAG–ana.
Præ–SAG–ire, c'est voir hors du présent, c'est anticiper par la pensée sur les événemens futurs.
Præ–SAG–ium, c'est le pressentiment, le pronostic.
Præ–SAG–us, c'est le sorcier, l'augure, l'homme inspiré, termes dont on a complété le sens par la petite préposition præ, au-devant, au-delà.
Il reste à s'assurer que les autres mots de la Langue naturelle donneront une pareille filiation, et c'est ce que chacun peut reconnaître dans ses études particulières, soit qu'il se contente, ainsi qu'on l'a fait ici, de pousser ses recherches dans une Langue seulement, soit qu'il veuille les étendre à toutes, ce qui n'est pas plus difficile.