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Des variations du langage français depuis le XIIe siècle

Note 45 — DEUXIÈME PARTIE. DES VOYELLES.

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Le Dictionnaire de Trévoux ne donne pas le verbe estorer; mais, interprétant mal quelques phrases de Villehardouin, il donne estoire et estorée (une estorée), qu'il traduit par navis, classis, exercitus navalis. C'est une grave erreur.—«Le roi d'Angleterre avait fait appareiller une grant estorée de nef.» (Chr. de Flandres.) Une grande histoire de vaisseaux.—«Comment ils puissent avoir navire et estoire.» (Villehardouin.) C'est navire et le reste de l'équipement, et toute l'histoire. Selon Trévoux, qui cite cette phrase, ce serait navire et navire.—«Mult fut belle cette estoire, et riche.» (Villehardouin.) Tout cet appareil fut très-beau, toute cette histoire fut très-riche.

Trévoux conclut en dérivant estoire de stolus, stolium, et du grec stello, j'envoie. C'est quelquefois un malheur d'être si savant.

Le Dictionnaire de Napoléon Landais fait ce petit article:

«ESTORÉE, subst. fém. (ècetorée), flotte, armée navale.—Inusité.»

Le Complément du Dictionnaire de l'Académie dit:

«ESTORER, créer, fonder, restaurer;»—en quoi il se trompe. Mais il ajoute: «meubler, fournir, garnir;—en quoi il a raison.

L'Académie garde un auguste silence.

Il était bien simple de mettre en quatre mots:

ESTOIRE, histoire; ESTORER, historier.

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