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Des postes en général, et particulièrement en France

Note 10 — PREMIÈRE PARTIE. ORIGINE DES POSTES.

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Au théâtre, à Rome, les maistres de famille avoient, dit Montaigne, des pigeons dans leur sein, auxquels ils attachoient des lettres quand ils vouloient mander quelque chose à leurs gents au logis ; ils estoient dressés à en rapporter les responses. D. Brutus en usa assiégé à Modène, et aultres, ailleurs.

Ces faits, renouvelés de nos jours, ont cessé de paraître merveilleux. Le prince d’Orange employa ces messagers volans, en 1774 et 1775, aux siéges d’Harlem et de Leyde ; et, pour reconnaître les services de ces oiseaux, le prince voulut qu’ils fussent nourris aux dépens de l’état, dans une volière faite exprès, et que, lorsqu’ils seraient morts, on les embaumât pour être gardés à l’hôtel de ville.

En 1803, on établit à Liége une poste aux pigeons : 22 de ces oiseaux revinrent de Paris dans cette ville, ayant fait 72 lieues en 4 heures, ce qui donne 18 lieues par heure. D’autres furent expédiés de Francfort à Liége avec le même succès. Un troisième essai fut fait en même tems à Coblentz, pour renvoyer à Liége un grand nombre de ces messagers ; deux d’entre eux y arrivèrent en deux heures et demie : ce trajet est de 30 lieues.

En juillet, 1824, on lança sur le pont neuf, à Paris, 32 pigeons envoyés de Maestricht. L’heure du départ avait été marquée sur une plume de leur aile. La même année un convoi de 100 pigeons avait été expédié de Liége à Lyon : 40 furent lâchés, de cette dernière ville, à 6 heures du matin. L’un d’eux était de retour à Liége, le même jour, à 11 heures aussi du matin : ainsi, en 5 heures de tems, il avait fait un trajet de 125 lieues. Le retour de ce pigeon devait faire gagner un pari de cent mille francs à son maître.

Une semblable expérience a eu lieu avec le même succès, en 1825, de Liége à Valenciennes, où le maire de cette dernière ville, après avoir contre-marqué les pigeons, leur fit donner la volée : ils étaient au nombre de 115.

Ce sont ordinairement des sociétés qui font élever des pigeons à cet exercice en leur plaçant des marques distinctives à l’aile, afin d’éviter toute méprise. On les transporte ordinairement, à dos d’homme, dans des hottes. C’est toujours par un acte de notoriété publique, que l’on constate leur départ des villes. Ces exemples, qu’il serait facile de multiplier, ne laissent pas de doute et sur l’instinct des pigeons et sur la rapidité de leur vol.

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