← Table of contents
De la littérature des nègres, ou Recherches sur leurs facultés intellectuelles, leurs qualités morales et leur littérature

Note (retour) — DE LA LITTÉRATURE DES NÈGRES.

Reading edition

Ces pamphlétaires parlent sans cesse des malheureux colons, et jamais des malheureux Noirs. Les planteurs répètent que le sol des colonies a été arrosé de leurs sueurs, et jamais un mot sur les sueurs des esclaves. Les colons peignent avec raison comme des monstres les Nègres de Saint-Domingue, qui usant de coupables représailles, ont égorgé des Blancs, et jamais ils ne disent que les Blancs ont provoqué ces vengeances, en noyant des Nègres, en les faisant dévorer par des chiens. L'érudition des colons est riche de citations en faveur de la servitude; personne mieux qu'eux ne connoît la tactique du despotisme. Ils ont lu dans Vinnins, que l'air rend esclave; dans Fermin, que l'esclavage n'est pas contraire à la loi naturelle101; dans Beckford, que les Nègres sont esclaves par nature102. Ce Hilliard-d'Auberteuil, que les ingrats colons firent périr dans un cachot, parce qu'il fut soupçonné d'affection pour les Mulâtres et Nègres libres, avoir écrit: «L'intérêt et la sûreté veulent que nous accablions les Noirs d'un si grand mépris que quiconque en descend jusqu'à la sixième génération, soit couvert d'une tache ineffaçable103». Barre-Saint-Venant regrette qu'on ait détruit l'opinion de la supériorité du Blanc104. Félix Carteau, auteur des Soirées Bermudiennes, met en axiome cette inaltérable suprématie de l'espèce blanche, cette prééminence qui est le palladium de notre espèce105. Il attribue la ruine de Saint-Domingue à l'orgueil et aux prétentions prématurées des gens de couleur, au lieu de l'attribuer à l'orgueil et aux prétentions immodérées des Blancs. «L'auteur d'un Voyage à la Louisiane, vers la fin du dernier siècle, veut perpétuer l'heureux préjugé qui fait mépriser le Nègre comme destiné à être esclave106». Cuirassés de ces blasphèmes, ils demandent impudemment qu'on forge de nouveaux fers pour les Africains. L'écrivain qui a publié «l'Examen de l'esclavage en général, et particulièrement de l'esclavage des Nègres dans les colonies françaises», semble croire que les Nègres ne reçoivent la vie qu'à condition d'être asservis, et il prétend qu'eux-mêmes voteroient pour l'esclavage107. Il regrette le temps où l'ombre du Blanc faisoit marcher les Nègres. Prédicateur de l'ignorance, il ne veut pas que le peuple s'instruise, et il honore de sa critique Montesquieu, qui a osé ridiculisé l'infaillibilité des colon. Belu, qui veut ramener ce régime abhorré, déclare qu'à coups de fouets on lacéroit les Nègres; on prévenoit, dit-il, les suites de ce déchirement en versant sur les plaies une espèce de saumure, qui étoit un surcroît de douleur, et qui guérissoit promptement108. Ce fait est concordant avec ce qu'on vient de lire sur Batavia. Mais rien n'égale ce qu'a écrit dans ses prétendus Egaremens du négrophilisme109, un nommé de Lozières, qu'il faut considérer seulement comme insensé, pour se dispenser de croire pis. «Il assure textuellement que l'inventeur de la traite mériteroit des autels110; que par l'esclavage on fait des hommes dignes du ciel et de la terre111». Il convient toutefois que des capitaines négriers ayant des esclaves attaqués de maladies cutanées, ce qui pourroit nuire à la vente de leur cargaison, leur donnent des drogues pour répercuter ces humeurs, dont le développement plus tardif produit ensuite des ravages horribles112.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings