Note 99 — CHAPITRE XXIV. De l’égoïsme.
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C’est même ce qu’on doit charitablement penser de tous ceux qui ont les apparences de l’avarice ; ils suivent peut-être à la lettre le précepte divin qui prescrit de ne faire l’aumône qu’en secret. Il existe un homme qui possède une grande fortune, et qui, dès sa première jeunesse, conçut le projet de fonder de beaux établissemens en faveur des infortunés ; il ne confia point ce généreux dessein, et pour l’exécuter, il mit à part tous les ans la moitié de ses revenus ; il plaçoit à mesure toutes ces sommes, et sans toucher aux intérêts, ce qui lui produisit quinze cent mille francs au bout de vingt ans, et durant cet espace de temps, il passa pour être l’homme du monde le plus avare. Il a fait de cette somme prodigieuse le pieux usage auquel il la destinoit. Nous avons eu l’occasion de connoître avec certitude cette action qu’on ne sauroit trop louer, non-seulement par ses résultats, mais aussi pour la constance avec laquelle cet homme bienfaisant a supporté pendant si long-temps en silence le mépris attaché à l’avarice ; il a pris les précautions nécessaires pour que l’on ignorât qu’il est le fondateur des établissemens dont on vient de parler. Par respect pour son admirable modestie, nous devons nous abstenir de le nommer.