Note 1 — CLIIIe ENTRETIEN MADAME DE STAËL SUITE.
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La guerre ouverte entre le dictateur et la femme de génie ne tarda pas à éclater; Bonaparte avait laissé subsister, dans le tribunat, une ombre de tribune libre, mais en corrompant les orateurs. Un de ces orateurs était Benjamin Constant. Ce nom tant de fois fait, défait et refait par les factions alternatives qu'il a servies et desservies tour à tour avec un talent plus effronté qu'éclatant, est retombé déjà dans l'indifférence, et il ne fut jamais qu'une gloire de parti. La liaison de Benjamin Constant avec madame de Staël fut le malheur de cette femme politique. Cet homme n'avait ni dans sa nature, ni dans son âme, ni dans son caractère, l'enthousiasme, l'énergie, la vertu publique, faits pour justifier un tel attachement. Son amitié abaissait au lieu de relever l'âme qui s'inspirait de lui. Né dans les rangs de l'aristocratie helvétique, élevé dans les préjugés et dans les intrigues des réfugiés français en Allemagne pendant l'émigration, familier du duc de Brunswick, généralissime de l'armée prussienne en 1792; rédacteur présumé du fameux manifeste de la coalition contre la France[1], rentré en France grâce à un nom cosmopolite, après la terreur; zélateur ardent des modérés contre les terroristes, publiciste attaché au Directoire, auteur, après le 18 fructidor, d'une adresse aux Français pour rappeler les terroristes au secours du coup d'État contre les royalistes, nommé tribun après la constitution nouvelle pour contrôler le gouvernement des consuls, lié avec les aristocrates par sa naissance, avec les républicains par ses services, avec les consuls par ses espérances, avec les hommes de lettres par sa littérature, avec les révolutionnaires par la tribune où rien ne résonne mieux que l'opposition, affamé de bruit, nécessiteux de fortune, sceptique d'idées, homme à tout comprendre, à tout dire et à tout contredire, il avait, par le charme de sa conversation, séduit madame de Staël. L'esprit de Benjamin Constant, étincelant dans un salon, lui réverbérait le sien. Elle avait pris cet éblouissement pour de la lumière et ce phosphore pour de la chaleur. L'extérieur de Benjamin Constant, mélange d'élégance française et de profondeur germanique, sa taille haute, frêle et souple, son visage oblong, son teint pâle, ses cheveux blonds et soyeux déroulés en ondes sur ses épaules, on ne sait quoi de mystique ou de satanique dans le regard, qui rappelait à volonté un Méphistophélès politique ou un Werther de la liberté, avaient complété la fascination.