Note 38 — CLe ENTRETIEN MOLIÈRE
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L'amour qui nous attache aux beautés éternelles N'étouffe pas en nous l'amour des temporelles: Nos sens facilement peuvent être charmés Des ouvrages parfaits que le ciel a formés. Ses attraits réfléchis brillent dans vos pareilles. Mais il étale en vous ses plus rares merveilles: Il a sur votre face épanché des beautés Dont les yeux sont surpris et les cœurs transportés: Et je n'ai pu vous voir, parfaite créature, Sans admirer en vous l'auteur de la nature, Et d'une ardente amour sentir mon cœur atteint, Au plus beau des portraits où lui-même il s'est peint. D'abord, j'appréhendai que cette ardeur secrète Ne fût du noir esprit une surprise adrète; Et même à fuir vos yeux mon cœur se résolut, Vous croyant un obstacle à faire mon salut. Mais enfin je connus, ô beauté tout aimable, Que cette passion peut n'être point coupable, Que je puis l'ajuster avecque la pudeur,[38] Et c'est ce qui m'y fait abandonner mon cœur. Ce m'est, je le confesse, une audace bien grande Que d'oser de ce cœur vous adresser l'offrande; Mais j'attends en mes vœux tout de votre bonté, Et rien des vains efforts de mon infirmité. En vous est mon espoir, mon bien, ma quiétude; De vous dépend ma peine ou ma béatitude; Et je vais être enfin, par votre seul arrêt, Heureux si vous voulez, malheureux s'il vous plaît.