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Cours familier de Littérature - Volume 24

Note 20 — CXLIIIe ENTRETIEN LITTÉRATURE COSMOPOLITE LES VOYAGEURS

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Tirant de là vers la place Royale, on trouve sur la gauche un des beaux caravansérais d'Ispahan. C'est un bâtiment carré à double étage, chacun de quelque vingt pieds de haut et de quelque soixante-dix toises de diamètre. On y entre par un portique assez long, sous lequel il y a des boutiques d'un et d'autre côté. Chaque face a vingt-quatre logements en bas et autant en haut, comme un dortoir de couvent, au milieu desquels il y en a un plus grand que les autres, bâti sous un haut portique semblable à celui où est l'entrée, lequel est fait en demi-dôme, plat sur le devant, orné de mosaïques. Les chambres d'en bas sont le long d'une galerie, ou relais ou parapet, comme on voudra l'appeler, haut de terre d'environ cinq pieds, et profonds de dix-huit à vingt pieds, larges de quinze à seize et élevées de deux doigts sur la galerie. Les Persans appellent ces galeries ou rebords de pierre, qui règnent autour des caravansérais, maatab[20], c'est-à-dire place à la lune, parce que c'est où l'on couche environ huit mois de l'année, pour être plus fraîchement, et où l'on prend le frais à l'ombre durant le jour. Chaque chambre a, de plus, une place sur le devant, de la largeur de la chambre même, profonde de la moitié et couverte d'une arcade. Les chambres d'en haut ont chacune une antichambre et un balcon; et c'est d'ordinaire où les marchands logent avec leurs femmes, lorsqu'ils en mènent, le bas étage leur servant communément de boutique ou de magasin. Sur le derrière du caravansérai, il y a encore de grands magasins. Au milieu de la cour, qui est fort bien pavée, il y a un grand bassin d'eau, avec un jet et des puits au coin. C'est là à peu près la structure et la forme de tous les grands caravansérais d'Ispahan, qui sont bâtis de pierres ou de briques, si ce n'est que les uns ont un grand relais carré, de quatre à cinq pieds de hauteur au milieu de la cour, au lieu de bassin d'eau. Les logements, qui sont séparés l'un de l'autre par un mur de deux à trois pieds d'épaisseur, consistent en une antichambre de quelque huit pieds de profondeur, toute ouverte par devant, avec une cheminée à côté, pratiquée dans le mur de séparation, et en une chambre qui est de moitié, ou d'une fois plus profonde que l'antichambre, dont la cheminée est au fond ou à côté. Les chambres ont toutes leurs portes, quoique assez faibles, mais elles n'ont point de fenêtres, recevant le jour par la porte et non autrement, ce qui rend le logement incommode. Derrière le caravansérai, et tout autour, sont des écuries, et dans quelques-uns il y a un côté des écuries accommodé en arcades, de quatre pieds de hauteur, avec des cheminées d'espace en espace, pour placer commodément les palefreniers et les autres valets, et pour faire la cuisine. Il ne demeure d'ordinaire dans ces grands caravansérais que des marchands en magasin. Celui dont je viens de faire la description rend seize mille livres par an au propriétaire, qui était, de mon temps, une cousine du feu roi. On nomme ce caravansérai: Mac soud assar[21], c'est-à-dire le caravansérai de Mac soud l'huilier, parce qu'il a été bâti, du temps d'Abas le Grand, par un épicier qui avait fait sa boutique vis-à-vis, laquelle subsiste encore. Lorsque ce grand roi vint établir sa cour à Ispahan, et qu'il conçut le dessein de rendre cette ville aussi magnifique qu'elle l'est devenue, il engageait non-seulement tous les grands seigneurs, mais encore tous les particuliers qu'il savait être gens riches, à construire quelque édifice public pour l'ornement et pour la commodité de la ville. Il apprit que cet épicier était des plus à l'aise; il l'alla voir un jour à sa boutique, avec la familiarité qui était naturelle à ce grand prince, et il lui dit: «Il y a longtemps que je vous connais de réputation pour homme de bien et pour homme riche. C'est sans doute à cause de votre probité que Dieu vous a béni si abondamment: je serais bien aise qu'un si vertueux vieillard m'adoptât. Je vous tiens pour mon père; vos fils sont mes frères, faites-moi votre héritier avec eux, je ferai en sorte qu'ils n'y perdent rien; ou bien, si vous l'aimez mieux, faites bâtir de votre vivant quelque édifice pour la commodité et pour l'embellissement de la ville.» Abas le Grand avait des manières engageantes, qui le faisaient venir à bout de tout. L'épicier lui dit qu'il consentait à la demande de Sa Majesté, et qu'il ne manquerait pas à ce qu'il souhaitait de lui. Il fit bâtir ce caravansérai, qui lui coûta trois mille tomans, qui sont quarante-cinq mille écus, et ensuite le donna au roi, qui en fut fort satisfait, et en récompensa bien ses enfants.

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