Note 17 — CXLIIIe ENTRETIEN LITTÉRATURE COSMOPOLITE LES VOYAGEURS
Reading edition
Ce jour-là, il fut de bonne heure au palais, et, tirant à part ce qu'il y trouva de gens qu'il savait être ennemis du grand vizir, entre lesquels le plus considérable était le grand maître de l'artillerie, il leur dit qu'il avait ordre du roi d'aller prendre la tête du premier ministre, et les pria de l'accompagner. Ils prirent encore avec eux d'autres gens de leur cabale qu'ils rencontrèrent sur le chemin, sans leur dire pourtant autre chose, sinon qu'ils allaient porter à ce ministre un ordre du roi de la dernière importance. Ce vieux seigneur était dans le sérail quand ils arrivèrent, et, en ayant été averti, il sortit en robe de chambre; et, entrant par une porte de derrière dans la salle où il les avait fait mener, il leur dit qu'il les priait de s'asseoir jusqu'à ce qu'il fût habillé, et qu'il les allait venir retrouver. Janikan s'approchant là-dessus avec sa troupe, et l'entourant, lui dit: «Chien maudit, nous ne sommes pas venus ici pour nous asseoir, mais pour te couper cette vieille méchante tête qui a rempli la Perse de malheurs, et a fait périr tant de grands seigneurs infiniment plus gens de bien que toi!» Et, en disant cela, il cria au grand maître de l'artillerie: «Vour!»[17], c'est-à-dire Frappe! Celui-ci, en même temps, lui enfonça le poignard dans le corps, et, d'un coup de genou, le jeta à bas sur le bord d'un grand rond d'eau, à bord de jaspe, qui tient le milieu de la salle. Le coup ne l'avait pas tué; il leur dit d'une voix basse: «Que vous ai-je fait, mes princes, et que me faites-vous sur mes vieux jours?» Janikan, entendant sa voix, cria au grand maître: «Achève ce chien,» et, en même temps, il tira l'épée lui-même et s'avança pour se jeter dessus. Le grand maître le prévint et abattit la tête de cet infortuné, qui tomba aux pieds de Janikan, et d'un autre coup lui coupa le corps presque en deux. Janikan prit la tête par la moustache et, s'avançant sur le bord du rond d'eau pour y laver sa main qui était ensanglantée, il la porta ensuite trois ou quatre fois pleine d'eau à la bouche, en disant: «À présent, voilà ma soif apaisée.»