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Cours familier de Littérature - Volume 24

Note 16 — CXLIIIe ENTRETIEN LITTÉRATURE COSMOPOLITE LES VOYAGEURS

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La chose arriva l'an 1643, qui était le troisième du règne d'Abas II, et voici comment: Un gouverneur de Guilan, nommé Daoud-Kan (Dâoùd khân), avait fait plus de deux millions d'extorsions durant la première année du règne de ce prince; lequel étant venu jeune à la couronne, les gouverneurs et les intendants s'imaginaient qu'on pouvait tout faire impunément. Saroutaki fit appeler Daoud-Kan à la cour, et le pressait de rendre compte de sa conduite. Daoud-Kan s'en excusait sur ce qu'on n'a pas accoutumé de faire venir des gouverneurs de province à compte. Janikan, général des courtchis[16], qui est le plus puissant corps de troupes qu'ait la Perse, proche parent de ce Daoud-Kan, le défendait de tout son pouvoir; mais, voyant qu'il ne gagnait rien auprès du premier ministre, et que son parent allait être poussé à bout, il en porta ses plaintes au roi, tant en particulier qu'en public, le suppliant de mettre à couvert le gouverneur de Guilan des recherches du premier ministre. Le roi, qui était jeune, écoutait tout et répondait à tout favorablement; mais sa mère retenait sa facilité, et l'empêchait de rien accorder qui allât contre le bien de l'État. Le crédit des mères des rois de Perse est grand, tandis qu'ils sont en bas âge, et la mère d'Abas II en avait aussi un fort grand, et qui était des plus absolus. Elle était en étroite confidence avec le premier ministre, et ils s'entr'aidaient tous deux mutuellement. Janikan (Djâny-khân) ne voyant, à cause de cela, aucun moyen de sauver son parent, rompit ouvertement avec le premier ministre et se déclara hautement son ennemi; mais le ministre se contentait de pousser sa pointe. Il arriva, au mois d'octobre, que, dans une audience d'ambassadeurs, Janikan trouvant le roi chagrin contre le premier ministre, sur un sujet qu'on raconte diversement, il commença à l'accuser de plusieurs choses, les unes vraies et les autres fausses, que le prince écouta assez aigrement. L'audience finie, le roi voulut monter à cheval, et, par malheur pour le premier ministre, il sortit par le grand portail du palais, par où il passe fort rarement, parce qu'il est le plus éloigné du sérail. Le prince trouva le cheval du premier ministre tout contre le sien. On le lui menait toujours le plus proche qu'il se pouvait du lieu où était le roi, à cause de son grand âge et de ses infirmités, et afin qu'il eût moins de pas à faire. Le roi, voyant ainsi un autre cheval près du sien, demanda à qui il appartenait. Janikan, qui était aux côtés du roi, trouvant cette belle occasion de donner un coup de dent au premier ministre, répondit: «Eh! qui pourrait, sire, avoir l'insolence de faire cela, que ce vieux chien de grand vizir: il ne se contente pas de maltraiter les serviteurs, il perd encore le respect pour le maître.»—«Je le sais bien, Janikan, repartit le roi; il y faut pourvoir.» Il n'est pas certain si c'est là tout ce que le roi lui dit, car on le raconte diversement; mais, quoi qu'il en soit, Janikan prit la réponse du roi pour un ordre de faire mourir le premier ministre, et il résolut de l'exécuter le lendemain matin.

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