← Table of contents
Cours familier de Littérature - Volume 20

Note 17 — CXXe ENTRETIEN.

Reading edition

«Pendant qu'il me donnait ces hauts enseignements, nous avancions sur la route sablée qui conduit au jardin. Quand nous fûmes arrivés, il fit ouvrir la maison par son domestique, pour me la montrer[17]. Les murs extérieurs, peints en blanc, étaient entièrement garnis de rosiers disposés en espaliers, qui avaient grimpé jusqu'au toit. Je fis le tour de la maison, et je remarquai avec beaucoup d'intérêt, le long des murs, dans les branches de rosiers, un grand nombre de nids différents qui s'étaient conservés là de l'été précédent, et qui, n'étant plus couverts par le feuillage, se laissaient voir. Je vis entre autres des nids de linots et de diverses espèces de fauvettes, à des hauteurs différentes suivant leurs habitudes. Gœthe me conduisit ensuite dans l'intérieur de la maison, que, l'été précédent, j'avais oublié de visiter. Au rez-de-chaussée je trouvai une seule pièce d'habitation; aux murs étaient suspendus quelques cartes et quelques gravures, et un portrait de Gœthe, de grandeur naturelle, peint par Meyer quelque temps après le retour des deux amis d'Italie. Gœthe y a l'aspect d'un homme vigoureux d'âge moyen, très-brun et un peu gros. Le visage, qui a peu de vie dans le portrait, est très-sérieux d'expression; on croit voir un homme dont l'âme sent qu'elle a charge d'actions pour l'avenir[18]. Nous montâmes l'escalier, nous trouvâmes en haut trois pièces et un cabinet, mais le tout très-étroit et très-incommode. Gœthe me dit qu'il avait passé là de joyeuses années et y avait travaillé dans la tranquillité. Il faisait un peu frais dans cette chambre, nous allâmes chercher la chaleur en plein air. En nous promenant sous le soleil de midi dans l'allée principale, nous causâmes sur la littérature contemporaine, sur Schelling et sur Schelling et Platen. Mais bientôt cependant notre attention se porta de nouveau sur la nature qui nous entourait. Déjà les couronnes impériales et les lis dressaient leurs tiges vigoureuses, et des deux côtés de l'allée on voyait paraître les feuilles vertes des mauves. La partie supérieure du jardin, sur la pente de la colline, est garnie de gazon et parsemée de quelques arbres fruitiers. Des chemins sinueux, tracés sur les flancs du coteau, s'élèvent vers son sommet et en redescendent en serpentant; l'envie me prit de monter, Gœthe passa devant moi et je suivis son pas rapide, en me réjouissant de sa verte vigueur. En haut, près de la haie, nous trouvâmes un paon femelle qui paraissait être venu du parc du château, et Gœthe me dit que l'été il les attirait et les habituait à venir en leur donnant leurs graines favorites. En descendant le coteau par l'autre allée sinueuse, je trouvai, entourée d'un bosquet, une pierre sur laquelle étaient gravés les vers connus:

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings