Note 2 — XCVIIe ENTRETIEN.
Reading edition
«Peu de jours après, écrit-il, arrivèrent à Sienne mes quatorze chevaux anglais; j'y avais laissé le quinzième, sous la garde de mon ami Gori: c'était mon beau cheval bai, mon Fido[2], le même qui dans Rome avait plusieurs fois reçu le doux fardeau de ma bien-aimée, et c'était assez pour me le rendre plus cher à lui seul que toute ma nouvelle troupe. Toutes ces bêtes me retenaient en même temps dans la distraction et l'oisiveté. Les peines de cœur venant à s'y joindre, j'essayai vainement de reprendre mes occupations littéraires. Je laissai passer une bonne partie de juin et tout le mois de juillet où je ne bougeai pas de Sienne, sans faire autre chose que quelques vers. J'achevai cependant plusieurs stances qui manquaient encore au troisième chant de mon petit poëme, et je commençai même le quatrième et dernier. L'idée de cet ouvrage, quoique souvent interrompu, repris à de longs intervalles et toujours par fragments, et sans que j'eusse aucun plan écrit, était néanmoins restée très-fortement empreinte dans mon cerveau. Ce à quoi je voulais surtout prendre garde, c'était à ne le pas faire trop long, ce qui m'eût été bien facile, si je me fusse laissé entraîner aux épisodes et aux ornements. Mais, pour en faire une œuvre originale et assaisonnée d'une agréable teneur, la première condition, c'était d'être court. Voilà pourquoi dans ma pensée il ne devait d'abord avoir que trois chants; mais la Revue des conseillers m'en déroba presque tout un, et il fallut en faire quatre. Je ne suis pas trop sûr cependant, dans mon âme et conscience, que toutes ces interruptions n'aient bien eu leur influence sur l'ensemble du poëme et qu'il n'ait l'air un peu décousu.