Note 11 — XCIXe ENTRETIEN.
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«J'ouvris alors une boutique fort belle aux Banchi, vis-à-vis celle de Raphaël. Le pape m'y fit porter tous ses joyaux, au gros diamant près, qu'il avait mis en gage chez un banquier génois, dans un cas de nécessité. J'y tenais cinq compagnons excellents, et ma boutique était brillante d'or, d'argent et de riches pierreries: j'avais un superbe chien à poil long, que le duc Alexandre m'avait donné, et qui, outre qu'il était bon chasseur, était d'une garde sûre pour ma maison. J'avais de plus une belle fille, qui me servait de modèle quand j'en avais besoin, et surveillait toutes mes affaires. Une nuit que je dormais profondément, contre mon ordinaire, un homme qui, sous la qualité d'orfévre, était venu souvent dans ma boutique, et la trouvait richement garnie, vint pour me voler; mon chien se jetait sur lui; mais il se défendait avec son épée, de sorte que cet animal courait çà et là dans toute la maison, entrait dans les chambres de mes garçons, qui étaient ouvertes à cause de la grande chaleur; et, voyant que ses aboiements ne les réveillaient pas, il leur arrachait les couvertures de leur lit, leur tirait les bras aux uns et aux autres; et, par les cris épouvantables qu'il faisait, et marchant devant eux, il leur montrait ce qu'ils avaient à faire; mais ils ne voulaient pas le suivre, et, pour le faire taire, lui jetaient des bâtons dans les jambes; car ma boutique était toujours éclairée pendant la nuit. Enfin mon chien, perdant l'espoir d'être secondé, se mit seul à combattre le voleur. Il lui déchirait ses habits, le poursuivait dans la rue, et l'aurait, je crois, égorgé, si le voleur n'avait pas demandé du secours à des passants, en les priant de le défendre contre un chien qu'il disait enragé. Ces gens le crurent, et, après beaucoup d'efforts, firent rentrer cet animal dans la maison. Le jour venu, mes malheureux compagnons, étant descendus dans la boutique, la virent entièrement bouleversée, et trouvèrent les armoires ouvertes. Ils poussèrent des cris qui me réveillèrent, et m'avertirent de ce qui venait de se passer. J'en fus tellement épouvanté que je n'eus pas la force d'aller visiter la cassette où étaient renfermés les joyaux du pape. Je leur dis d'aller y voir eux-mêmes; ils étaient tous en chemise, parce que, s'étant déshabillés dans la boutique, à cause du chaud qu'il faisait, ils y avaient laissé leurs habits, que le voleur avait emportés. Quand ils virent que la cassette n'avait pas été touchée, et que tous les trésors y étaient encore, ils poussèrent des cris de joie, ce qui me rendit toutes mes forces, et me fit remercier Dieu. Je leur dis ensuite d'aller acheter des habits, et que je les payerais. Quand je réfléchis sur cet événement, je fus effrayé de l'idée qu'on pouvait m'accuser moi-même de ce vol, et dire que je l'avais imaginé pour m'emparer des joyaux de Sa Sainteté. Elle l'apprit bientôt par la bouche d'un de ses serviteurs, et par d'autres, qui étaient François de Nero, Zanna, Billioti, son computiste, et l'évêque de Vaison[11]. Très-Saint-Père, lui dirent-ils, comment avez-vous pu confier tant de richesses à cet écervelé de jeune homme?—Avez-vous ouï dire, leur répondit le pape, qu'il avait volé quelqu'un?—C'est, répondit Nero, qu'il n'en a pas eu l'occasion.—Hé bien, riposta le pape, je le tiens encore pour un honnête homme.