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Cours familier de Littérature - Volume 17

Note 10 — XCIXe ENTRETIEN.

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Je le fis appeler et consentir à prendre des habits de femme, que j'avais fait préparer tout exprès, et qui lui allèrent à merveille. J'ornai son cou, ses oreilles et ses doigts des plus beaux joyaux que j'eusse dans mes armoires; et, le tirant par une oreille, je l'amenai devant un grand miroir. Diego, il se nommait ainsi, s'écria en se voyant si beau: Oh Dieu! est-ce bien moi que je vois? Toi-même, lui répondis-je. Je ne t'ai jamais demandé aucune complaisance; mais je veux du moins que tu m'accordes celle-ci, qui est que tu viennes avec moi dans une société honnête, dont je t'ai souvent parlé, habillé comme tu l'es maintenant. Ce jeune homme vertueux et sage baissa les yeux, et garda un moment le silence; puis il me dit avec assurance: Je le veux bien, marchons! Je le couvris d'un grand voile qui s'appelle à Rome un manteau d'été, et nous allâmes au rendez-vous. Dès qu'on nous aperçut, tout le monde nous vint au-devant; Michel-Ange était entre Jules et Jean Francisco. Quand j'eus soulevé le voile de Diego, Michel-Ange, qui était facétieux, mit ses mains, l'une sur celui-ci, et l'autre sur celui-là, leur fit courber la tête, et, se mettant à genoux lui-même: Miséricorde! s'écria-t-il, faites venir tout le monde; voilà, voilà un ange qui descend du paradis! quoiqu'on les fasse tous masculins, il est aussi, vous le voyez, des anges femelles. Belle Angeline! sauve-moi, bénis-moi! Quand il eut achevé ses folies, cette belle créature leva la main, et lui donna une bénédiction papale. Alors Michel-Ange s'étant redressé: On baise, dit-il, les pieds au pape; mais on baise les joues aux anges. Diego rougit beaucoup, et sa beauté s'accrut d'une façon merveilleuse. Étant entrés dans le salon, nous y trouvâmes plusieurs sonnets[10] que chacun de nous avait faits et envoyés à Michel-Ange; il les lut tous les uns après les autres, et sa manière de les lire les fit paraître plus beaux. Il se passa encore d'autres particularités sur lesquelles je ne m'étendrai point; je dirai seulement que l'admirable Jules Romain, en regardant l'un de nous qui était près de lui, plus occupé que les autres des beautés qu'il avait devant les yeux, se tourna vers Michel-Ange, et lui dit: Mon cher Michel-Ange, votre nom de corneille est bien appliqué à ces dames, quoiqu'elles soient moins belles que le beau paon qui se déploie devant elles. La table étant servie, Jules voulut nous assigner à chacun notre place, et me donner celle du milieu, parce que je la méritais.

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