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Cours familier de Littérature - Volume 17

Note 21 — CIe ENTRETIEN.

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«L'amitié, ô mon ami, quand elle est ce qu'elle doit être, l'union des âmes, a cela de salutaire, qu'au milieu de nos plus grandes et de nos plus désespérées douleurs, elle nous rattache insensiblement et par un lien invisible à la vie humaine, à la société, et nous empêche, en notre misérable frénésie, de nier, les yeux fermés, tout ce qui nous entoure. Or, comme l'a dit excellemment M. Ballanche, «toutes les pensées d'existence et d'avenir se tiennent; pour croire à la vie qui doit suivre celle-ci, il faut commencer par croire à cette vie elle-même, à cette vie passagère.» Le devoir de l'ami clairvoyant envers l'ami infirme consiste donc à lui ménager cette initiation délicate qui le ramène d'une espérance à l'autre; à lui rendre d'abord le goût de la vie; à lui faire supporter l'idée de lendemain; puis, par degrés, à substituer pieusement dans son esprit, à cette idée vacillante, le désir et la certitude du lendemain éternel. Mais indiquer ce but supérieur et divin de l'amitié, c'est assez reconnaître que sa loi suprême est d'y tendre sans cesse, et qu'au lieu de se méprendre à ses propres douceurs, au lieu de s'endormir en de vaines et molles complaisances, elle doit cheminer, jour et nuit, comme un guide céleste, entre les deux compagnons qui vont aux mêmes lieux. Toute autre amitié que celle-là serait trompeuse, légère, bonne pour un temps, et bientôt épuisé; elle mériterait qu'on lui appliquât la parole sévère du saint auteur de l'Imitation: «Noli confidere super amicos et proximos, nec in futurum tuam differas salutem, quia citius obliviscentur tui homines quam æstimas.» Il ne reste rien à dire, après saint Augustin, sur les charmes décevants et les illusions fabuleuses de l'amitié humaine. À la prendre de ce côté, je puis répéter devant vous, ô mon ami, que l'amitié des hommes n'est pas sûre, et vous avertir de n'y pas trop compter. Il est doux sans doute, il est doux, dans le calme des sens, dans les jouissances de l'étude et de l'art, «de causer entre amis, de s'approuver avec grâce, de se complaire en cent façons; de lire ensemble d'agréables livres; de discuter parfois sans aigreur, ainsi qu'un homme qui délibère avec lui-même, et par ces contestations rares et légères de relever un peu l'habituelle unanimité de tous les jours. Ces témoignages d'affection qui, sortis du cœur de ceux qui s'entr'aiment, se produisent au dehors par la bouche, par la physionomie, par les yeux et par mille autres démonstrations de tendresse, sont comme autant d'étincelles de ce feu d'amitié qui embrase les âmes et les fond toutes en une seule[21].» Mais si vous tenez à ce que ce feu soit durable, si vous ne pouvez vous faire à l'idée d'être oublié un jour de ces amis si bons, ô Vous, qui que vous soyez, ne mourez pas avant eux; car cette sorte d'amitié est tellement aimable et douce qu'elle-même bientôt se console elle-même, et que ce qui reste comble aisément le vide de ce qui n'est plus; la pensée des amis morts, quand par hasard elle s'élève, ne fait que mieux sentir aux amis vivants la consolation d'être ensemble, et ajoute un motif de plus à leur bonheur.

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