Note 17 — Ce ENTRETIEN.
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Cependant je secouais mes chagrins, et je me donnais du courage, malgré tous mes regrets, qui me reportaient vers la France, où je trouvais plus de secours que dans Florence, ma patrie, et que je n'avais quittée, dans le fond, que pour faire du bien à ma pauvre famille. J'espérais que, si je venais à bout de mon Persée, toutes mes peines se changeraient en gloire et en plaisirs. Je fis des amas de bois de pin, je revêtis de terre convenable la carcasse de ma statue, et je l'armai de bons ferrements; enfin, je préparai tout pour me mettre en état de la jeter en fonte. Je fis ensuite creuser une fosse, dans laquelle je la fis transporter avec toutes les précautions possibles, et selon toutes les règles de l'art, ou celles que me dicta mon expérience ou mon imagination; et, lorsque j'eus donné toutes mes instructions à mes travailleurs et à mes ouvriers, je me tournai du côté de mon fourneau, que j'avais fait remplir de cuivre et d'étain, selon les proportions. J'y fis mettre le feu, que je dirigeai moi-même avec beaucoup de fatigues, étant contrarié, tantôt par la flamme, qui menaçait d'incendier mon atelier, et tantôt par le vent et la pluie qui venaient du côté du jardin, et qui refroidissaient mon fourneau. Obligé de combattre contre tant d'accidents imprévus, mes forces ne purent plus y résister, et je fus saisi d'une grosse fièvre qui m'obligea d'aller, tout désespéré, me jeter sur mon lit, après avoir renouvelé mes avertissements à mes gens, qui étaient au nombre de dix, et surtout à Bernardino, mon premier garçon, auquel je dis: Observe bien tout ce que j'ai ordonné de faire; car je sens le plus grand mal que j'aie jamais éprouvé; il me semble que je vais mourir. En attendant, mangez et buvez, et préparez-vous à ce grand ouvrage. Quelque temps après, un homme tout tortu, pâle et tremblant comme s'il allait à la mort, vint me dire: Ô malheureux Benvenuto! tout est perdu, et il n'y a pas de remède! À ces mots, je fis un grand cri, je sautai à bas de mon lit, et je m'habillai. Je jurais après tous ceux qui s'approchaient de moi, je les frappais des pieds et des mains, et je me désolais en disant: J'éprouve quelque trahison, mais je la découvrirai; et, avant de mourir, je saurai m'en venger. Je courus ensuite à mon atelier, où je vis tout mon monde bouleversé. Écoutez-moi, leur dis-je; et, puisque vous n'avez pas voulu suivre mes conseils, obéissez-moi sans dire mot, à présent que je suis avec vous! À ces mots, un maître fondeur, nommé Alexandre Lastricati, me répondit que je voulais faire une chose impossible. Cette réponse me mit tellement en fureur que je leur fis peur à tous, et qu'ils me dirent: Commandez, nous vous obéirons en toutes choses. Ils me parlèrent ainsi parce qu'ils me croyaient à moitié mort. J'allai voir aussitôt mon fourneau, où le métal avait formé une espèce de pâté; mais j'envoyai chercher du bois de chêne, qui fait un feu plus vif que les autres; j'en remplis la fournaise, et bientôt je vis ce pâté s'amollir. À cet aspect, tous mes travailleurs reprirent courage, et m'obéirent avec une nouvelle ardeur. Je fis jeter dans le fourneau environ soixante livres d'étain de plus, qui, à force de feu et de remuement, rendirent bientôt toute cette masse plus liquide. Ce succès me ressuscita. Je ne pensai plus ni à ma fièvre, ni à ma peur de mourir, quand tout à coup il se fit une explosion qui nous effraya tous, et moi plus que les autres. La matière se soulevait et se répandait. Aussitôt je fis ouvrir les canaux qui devaient la conduire dans le moule; et, voyant qu'elle coulait avec trop de lenteur, j'envoyai chercher tous mes plats, mes assiettes, mes pots et mes écuelles, qui étaient d'étain, au nombre de deux cents environ, et je les jetais au fur et à mesure dans le fourneau. Quand mes ouvriers virent le bronze se vider avec aisance, ils furent remplis de joie, et ils m'obéissaient avec plus d'ardeur; et moi, me mettant à genoux: Grand Dieu! m'écriai-je, qui êtes ressuscité et monté au ciel, faites que mon moule se remplisse bien vite! Ce qui arriva et me fit rendre à Dieu mille actions de grâces. Ensuite je me tournai vers un grand plat qu'on m'avait servi sur un mauvais banc, je mangeai avec appétit, et je bus avec toute ma brigade; et, comme il était déjà tard, j'allai me remettre au lit gai et content, sans me soucier de ma fièvre[17].