← Table of contents
Cours de philosophie positive. (3/6)

Note (retour) — PHILOSOPHIE POSITIVE. (continued 8)

Reading edition

Dans l'exécution difficile de cette grande opération scientifique, les phrénologistes devront certainement s'aider, d'une manière plus complète et mieux entendue qu'ils ne l'ont fait jusqu'ici, des moyens généraux que fournit la philosophie biologique pour perfectionner toutes les études relatives aux corps vivans, c'est-à-dire, de l'analyse pathologique, et surtout de l'analyse comparative proprement dite. L'introduction rationnelle de ces deux puissans auxiliaires n'est aujourd'hui qu'à peine ébauchée en phrénologie: aussi n'en a-t-on tiré encore aucun parti essentiel, si ce n'est pour les généralités préliminaires. Sous le premier point de vue, on n'a point jusqu'ici convenablement appliqué aux phénomènes intellectuels et moraux le lumineux aphorisme fondamental de philosophie médicale, dont l'esprit humain est redevable à M. Broussais, et qui consiste, ainsi que je l'ai indiqué dans la quarantième leçon, à concevoir tous les phénomènes quelconques de l'état pathologique comme ne pouvant constituer jamais qu'un simple prolongement des phénomènes de l'état normal, exagérés ou atténués au-delà de leurs limites ordinaires de variation. Il est néanmoins impossible de rien comprendre aux différens genres de folie, si leur examen scientifique n'est continuellement dirigé par ce grand principe. Or, d'après cette même assimilation nécessaire entre les cas pathologiques et les cas purement physiologiques, rien ne serait plus propre que l'étude judicieuse de l'état de folie à dévoiler ou à confirmer les véritables facultés fondamentales de la nature humaine, que cette triste situation tend à faire si énergiquement ressortir, en manifestant successivement chacune d'elles dans une exaltation prépondérante, qui la sépare nettement de toutes les autres 53. Les médecins, spécialement occupés d'un tel ordre de maladies, et qui, presque toujours, sont, encore moins que la plupart des autres, sous le rapport intellectuel, ou même sous le rapport moral, au niveau de leur importante mission, tendent néanmoins, depuis Pinel, dans l'étude de ce qu'ils ont nommé les monomanies, à donner cette direction aux explorations qu'ils se sont trop exclusivement réservées. Mais une appréciation préalable beaucoup trop imparfaite du véritable état normal, et un sentiment trop vague et trop incomplet de son indispensable similitude avec l'état pathologique, ont rendu jusqu'à présent ces travaux à peu près stériles pour l'amélioration de la physiologie cérébrale. Quoique les maladies mentales ne soient plus, sans doute, sacrées, comme elles l'étaient pour Hippocrate, leurs monographies n'en consistent pas moins encore, le plus souvent, dans l'inintelligible accumulation de prétendues merveilles, qui éloignent toute idée de rapprochement positif avec l'état normal: ce sont habituellement des travaux plutôt littéraires que vraiment scientifiques. L'extrême difficulté d'un tel genre d'explorations excuse, jusqu'à un certain point, cette imperfection plus prononcée, qui tient néanmoins surtout à l'insuffisance plus profonde des observateurs, plus occupés, d'ordinaire, à régenter grossièrement leurs malades qu'à en analyser judicieusement les phénomènes. Aussi les divers successeurs de Pinel n'ont-ils réellement ajouté jusqu'ici rien d'essentiel aux améliorations introduites, il y a quarante ans, par cet illustre médecin, soit dans la théorie ou dans le traitement de l'aliénation mentale.

Explore with AITake your curiosity a little further.

Reading settings