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Cours de philosophie positive. (3/6)

Note (retour) — PHILOSOPHIE POSITIVE. (continued 8)

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Les esprits judicieux ont adressé, à l'ensemble de la doctrine de Gall, un reproche beaucoup plus difficile à écarter, lorsqu'ils ont blâmé la localisation effective, évidemment hasardée, et même notoirement erronée à beaucoup d'égards essentiels, que Gall a cru devoir proposer. Toutefois, en examinant, d'une manière plus approfondie, la situation nécessaire de ce grand philosophe, on reconnaîtra, j'espère, que, quels que soient, en réalité, les vices fondamentaux d'une telle tentative, qu'il serait certes bien superflu de soumettre ici au moindre examen spécial, il a fait ainsi un usage, non-seulement très légitime, mais même essentiellement indispensable, du droit général des naturalistes à l'institution des hypothèses scientifiques, en se conformant d'ailleurs à la théorie préliminaire que j'ai établie, à ce sujet, dans le second volume de ce traité. D'abord, les conditions principales imposées par cette théorie logique ont été, en ce cas, parfaitement remplies; puisqu'il ne s'agit point là de fluides ni d'éthers fantastiques, qui échappent à toute discussion réelle, mais bien d'organes très saisissables, dont les attributions hypothétiques comportent, par leur nature, des vérifications pleinement positives. En second lieu, aucun de ceux qui ont fait, de la manière la plus convenable, la facile critique de la localisation supposée par Gall, n'aurait pu, très probablement, en imaginer, à sa place, aucune autre moins imparfaite, ni même aussi heureusement ébauchée. S'abstenir, est, à la vérité, un conseil que la médiocrité prudente peut toujours aisément prescrire au génie: mais on peut, je crois, constater, sans la moindre incertitude, que, dans toute semblable opération philosophique, une telle inaction serait nécessairement impossible et même radicalement vicieuse. Car, l'esprit humain est ordinairement beaucoup trop faible, et surtout trop peu disposé à supporter, d'une manière continue, la pénible contention qu'exige la combinaison d'idées très abstraites, et, par suite, très indéterminées, pour que la création de la doctrine phrénologique, et ensuite sa propagation et son développement, eussent été possibles, sans l'institution préalable d'une hypothèse quelconque sur le siége effectif de chaque faculté fondamentale, sauf la rectification ultérieure de cet indispensable programme, nécessairement hasardé. La même obligation logique s'est reproduite, de nos jours, pour l'illustre rénovateur de la philosophie médicale, et je n'hésite point à affirmer qu'on la vérifiera constamment dans tous les cas analogues. Elle a, sans doute, de très graves inconvéniens, par l'extrême embarras que présentent ensuite l'élimination ou le redressement d'hypothèses auxquelles une science doit son existence, et que les esprits ordinaires ont presque toujours épousées avec une foi bien plus profonde que la confiance hardie de leurs propres inventeurs: mais il n'y a point à délibérer sur ce qui est si évidemment nécessité par l'infirmité radicale de notre intelligence. Que désormais des esprits vigoureux, bien préparés, par une saine éducation scientifique, à raisonner avec aisance sur des notions très générales et peu arrêtées, sans excéder essentiellement les étroites limites de leur positivité actuelle, s'en tiennent habituellement, à l'égard de la doctrine phrénologique, aux seuls principes fondamentaux que j'en ai ci-dessus séparés, et qui en constituent aujourd'hui toute la partie vraiment sérieuse et substantielle, cela est non-seulement devenu possible, mais même éminemment désirable: puisque c'est uniquement d'un tel point de vue qu'on peut nettement apercevoir l'ensemble des vrais besoins principaux de la physiologie cérébrale, et le caractère des moyens philosophiques qui peuvent graduellement conduire à la perfectionner. Il ne faut pas croire d'ailleurs que cette scrupuleuse séparation doive, dans la pratique, priver une telle doctrine de l'efficacité positive inhérente à sa lumineuse représentation générale de la nature intellectuelle et affective de l'homme et des animaux. Rien n'empêche, en raisonnant ici, à la manière des géomètres, sur des siéges indéterminés, ou regardés comme tels, de parvenir à des conclusions effectives, susceptibles d'une utilité très réelle, ainsi que j'espère pouvoir le témoigner, dans le volume suivant, par ma propre expérience; quoique d'ailleurs il doive être évident que ces conclusions deviendraient certainement plus précises, et, par suite, plus efficaces, si les vrais organes des diverses facultés cérébrales comportaient un jour des déterminations pleinement positives. Mais, outre qu'une telle marche était primitivement impossible, puisque le développement préliminaire de la phrénologie, à l'aide de la localisation hypothétique, a pu seul conduire à en concevoir nettement le caractère et la nécessité, il est incontestable que, si Gall s'en fût scrupuleusement tenu à ces hautes généralités philosophiques, quelque irrécusables qu'elles soient, il n'aurait jamais constitué une science, ni formé une école, et ces vérités si précieuses eussent été inévitablement étouffées dans leur germe par la coalition spontanée des diverses influences antagonistes. Ainsi, l'heureux ébranlement que les immortels travaux de Gall ont irrévocablement imprimé à l'esprit humain, dépendait essentiellement de la marche, en apparence si téméraire, qu'il a dû nécessairement suivre; sans que ce soit néanmoins un motif de prolonger ce mode originaire au-delà des limites naturelles que lui imposent les lois positives du développement de notre intelligence. Ce cas est fort analogue à celui que nous a déjà présenté la grande hypothèse mécanique de Descartes, qui a rendu, à d'autres égards, les mêmes éminens services philosophiques, et qui a dû subir ensuite une semblable élimination: mais, toutefois, avec cette différence essentielle, tout à l'avantage de l'hypothèse actuelle, que les organes effectifs des diverses facultés cérébrales, quoique n'étant point encore déterminés, sont cependant susceptibles de l'être ultérieurement 51; tandis que le mécanisme primitif des mouvemens célestes ne comportait réellement aucune détermination positive, et constituait une recherche nécessairement inaccessible, à laquelle l'esprit humain a dû finir par renoncer pour jamais, quand son éducation fondamentale a été enfin suffisamment avancée.

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